
Grégoire est un chef d’entreprise de quarante ans qui produit des produits bien français. Vouant sa vie à son travail, il ne consacre à ses amours que des parenthèses fugaces, en témoignent ses nombreuses conquêtes d’un soir passées et son histoire actuelle, en pointillés bien épais, avec Lucie. Chacun chez soi : sa garçonnière insipide à lui en semaine, son cocon végétarien et 100% nature à elle le week-end. C’est là un équilibre qui va bien à Grégoire : comblé ? Oui, une évidence. Une évidence tant qu’elle ne rime pas avec engagement…
Mais ce qu’il comptait pour acquis vole en éclats lorsqu’il rencontre Irène, une femme mariée un peu plus âgée que lui et qui, comme lui, s’est inscrite dans un cours de théâtre pour amateurs. Si au début elle l’ignore franchement, elle cède un jour pour lui concéder un rendez-vous : il n’y aura alors plus de retour en arrière possible.
Si l’adultère semble être le meilleur des choix pour Grégoire, qui savoure l’explosion des sens avec celle qui appelle sa « reine », c’est sans compter l’attachement grandissant d’Irène pour lui. Et ce schéma mille fois vu et revu : au bout de quelques mois (sois 3 saisons), elle lui demande de faire un choix. L’exclusivité.
« il sait que ce dilemme, d’une façon ou d’une autre, se résoudra. » (p.119)
Face au dilemme auquel il est confronté, Grégoire tergiverse : s’il a longtemps aimé le calme que lui apportait Lucie, il en est aussi venu à se lasser du mode de vie 100% nature de cette passionnée des grands espaces ; à l’inverse, si le charme intellectuel d’Irène l’a immédiatement ferré, il se révèle qu’au quotidien le pragmatisme de sa maîtresse lui est passablement agaçant.
« Lucie, Irène, Irène, Lucie, Lucie, Irène…. Il commence à trouver l’alternance compliquée. » (p.82)
Ainsi, dans un court mais passionnant récit, Claire Thomasset réactualise l’amour et ses tourments, questionnant sa pérennité, ses tentations, ses difficultés et ses fulgurances. Doit-on privilégier l’amour passion, déconnecté de toute raison ? ou sagement opter pour une inclination certes plus tempérée mais indubitablement durable ? Un roman universel sur ce que le verbe « aimer » veut et peut dire.
Trois saisons, Claire THOMASSET, éditions Buchet Chastel, 2026, 153 pages, 18€.
