Impressionnisme maternel

Délicieuse lecture du roman Troisième personne, de Valérie Mréjen. Un récit original par le choix d’une dénomination des personnages uniquement par des pronoms : un « il » revoyant au père, un « elle » renvoyant tantôt à la mère, tantôt à la petite fille, le « ils » des parents. Et cette troisième personne, c’est elle : le premier enfant qui arrive dans un couple, bouleverse avec bonheur des habitudes dont on oublie vite qu’elles existaient « avant ».

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Après l’arrivée de l’enfant, ils s’amuseront régulièrement à se tester l’un l’autre, à formuler des interrogations sous forme de défis : avant, comment se passaient les journées ? Quel était notre emploi du temps ? Par jeu, ils essaieront de retrouver la mémoire immédiate de ce passé pourtant déjà loin d’eux, de se glisser un bref instant dans leur ancienne peau de jeunes gens. Ils ne savent plus comment c’était de n’être responsables que d’eux-mêmes. Ils se questionnent mais ils ne peuvent revivre cet état comme on enfilerait un vieux vêtement retrouvé par hasard. (p.30)

Valérie Mréjen offre, à travers ce court récit, une vision fragmentée mais juste de l’arrivée et de la croissance de cet enfant. Cette effet de fragmentation se retrouve tant dans la chronologie du récit qui oscille entre le moment présent, les événements à venir et les retours en arrière, mais aussi par la multiplication des petits paragraphes qui sont autant d’instantanés de moments du quotidien tendres ou insolites.

Son esprit est captif. Elle vérifie à chaque instant que l’enfant est réellement là, que tout cela est bien certain. A travers les petits yeux noirs ou bleu très sombre comme les fonds marins, elle se sent perçue comme une vraie mère. Cela suffit pour endosser son nouveau rôle avec un naturel qui la surprend. (p.15)

La narration peut être sans difficulté qualifiée de lumineuse car il se dégage de chaque ligne un bonheur à peine caché à évoquer ce qu’apporte l’enfant : ce qu’il apporte de nouveau, de touchant, d’étonnant, d’épuisant.

D’où ce titre d’impressionnisme maternel : le roman de Valérie Mréjen est un tableau à lui tout seul, serein, apaisé et apaisant, que l’on verrait bien (au diable l’anachronisme) à côté du « Berceau » de Berthe Morisot.

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Troisième personne, Valérie MREJEN, P.O.L. 141 pages, 2017, 10€.

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