« Un fils parfait », Mathieu Menegaux : coup de poing littéraire, éclats maternels

Adèle de Fontréal épouse Maxime Sémelin, un brillant banquier bien sous tous rapports. Follement éperdus l’un de l’autre, le mariage scelle leur fusion. De cet amour naissent Claire puis Lucie. La « famille parfaite », si l’on considère le tableau ainsi obtenu.

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Le vernis de l’idyllique peinture se fissure au moment où Daphné reprend en main sa vie professionnelle : elle est amenée, du lundi au mercredi, à sillonner les villes d’Europe pour promouvoir les produits de son entreprise.

« J’étais jeune, ambitieuse, carriériste et compétitive, enfant d’une génération qui se définit par ce qu’elle fait dans la vie et non par ce qu’elle est ou ce qu’elle croit. Je ne pouvais pas concevoir que la seule « réalisation » de ma vie serait ma famille, mes enfants, non, il fallait que je m’accomplisse professionnellement, que je brille en société, que les autres me regardent avec envie, que je sois cette femme si forte, capable de mener de front une carrière remarquable et une vie personnelle épanouie. » (p.37-38)

 

Elle sait qu’elle peut entièrement compter sur son mari Maxime, un père aimant et dévoué, pour prendre soin de Claire et de Lucie en son absence. Mais que penser le jour où Claire lui murmure : « Maman, ne pars pas, le loup vient que tu n’es pas là » (p.42) ? Est-ce une simple tocade d’enfant perturbée par les contes de grand-mère ?

« Elle me regardait et dans ses yeux je voyais l’angoisse. Elle attendait une réponse de ma part, une marque de confiance ou de défiance, un signal d’amour ou un cri de colère. La vérité, habituellement, c’est ce qui plait aux parents, et le mensonge les énerve. Quel allait être mon verdict ? » (p.62)

Croire ou ne pas croire la parole d’un enfant, telle est la cruciale question qui fait basculer la vie de Daphné. Mensonge ou vérité, telle est la confrontation entre daphné et Maxime jusqu’à la fin du roman. Illusion ou réalité, tel est le reflet que renvoie le miroir des êtres aimés. Un roman haletant, glaçant, qui met à jour par un travail de recherche soigné les arcanes (et les aberrations) du système judiciaire français, légal ou non.

Ce récit a l’originalité d’être une mise en abyme : le lecteur lit la « confession » cathartique de Daphné à sa belle-mère Élise, dont on comprend seulement à la toute fin le lien tragique qui unit les deux femmes.

Un roman coup de poing, brillant, qui ose traiter avec pudeur d’une thématique douloureuse (l’inceste). Le verbe y est fluide : la plume masculine de Mathieu Menegaux se fond parfaitement dans la voix de son héroïne.

Dévoré en seulement trois heures, ce récit doit être absolument lu : c’est là une découverte que je vous enjoins de faire à votre tour.

Un fils parfait, Mathieu MENEGAUX, éd. Grasset, 2017, 235 pages, 17.50€.

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