« Serial killeuse », C.J. Skuse : jubilatoire journal misanthropique trash et furieusement 2nd degré !

Rhiannon est une jeune femme de vingt-sept ans bien sous tout rapport : elle est jolie, elle est entourée d’amies, elle travaille comme assistante d’édition dans une petite gazette anglaise et elle file le parfait amour depuis plusieurs années avec le beau Craig. Rien de bien extraordinaire me direz-vous.

Serial killeuse.jpg

Sauf que le sensationnel fait aussi partie de la vie de Rhiannon : petite, elle a échappé à un massacre sanglant chez la nounou qui la gardait.

« Quasi miraculeusement, une petite fille, Rhiannon Lewis, a survécu à un coup de marteau qui aurait dû lui être fatal. Pendant des heures, elle est restée étendue, inconsciente, à côté du corps décapité de Mme Kingwell. » (p.106-107)

Unique survivante, elle en a gardé un traumatisme psychique qui la rend quasi-insensible à toute empathie humaine et surtout un désir vengeur pour punir tous les délinquants sexuels et autres détraqués en tout genre. Comment ? En tuant à son tour, discrètement mais sûrement, aussi sûrement que la tranche très bien aiguisée de son couteau !

« A mon avis, quand tes débuts dans la vie sont difficiles, tu développes un instinct de tueuse. » (p.428)

Serial killeuse se présente comme le journal de Rhiannon dans lequel elle commence chaque journée ou presque par la liste des personnes au tableau d’honneur de sa haine. Le second degré y est jouissif !

« Lundi 1er janvier

1. Le petit mec et la petite meuf dans le parc qui cette fois ont mis un coup de pied au labrador

2. Derek Scudd

3. Wesley Parsons

4. Le type atteint du syndrome de Gilles de la Tourette assis sur le seuil du PMU, qui n’arrête pas de gueuler, pour se plaindre de vaisseaux spatiaux ou raconter la fois où il s’est fait fister par un prêtre

5. Craig et Lana. Pour économiser les cartouches, j’en fais un lot – une seule balle, transperçant successivement les deux crânes

6. L’homme au Qashqai bleu qui a déboulé sur Marsh Road et m’a klaxonnée parce que je ne traversais pas assez vite. « Putain de traîne-la-patte », voilà ce qu’il a dit. En faisant le tour du pâté de maisons, je m’imaginais son corps au bout d’une corde, dans son joli costard, secoué de spasmes et de tremblements, avec moi juste en dessous, en train de mater. » (p.29)

Récit de son quotidien professionnel et personnel, nous suivons Rhiannon sur plusieurs mois faire justice le soir venu tout en affichant aux autres un masque impassible de jeune femme modèle.

Pourtant, les griefs sont nombreux et la vie idyllique de Rhiannon un leurre absolu, même si elle rêve de certains idéaux : son copain Greg la trompe discrètement mais sûrement et régulièrement avec une collègue de travail de Rhiannon, ses amies l’insupportent avec leurs considérations matrimoniales futiles, ses supérieurs hiérarchiques méprisent ses prétentions d’évolution professionnelles. Alors la vengeance mûrit et soudain éclate : pas d’état d’âme, aucun. Juste un violent désir de vengeance à apaiser par le sang qui coule et, accessoirement, la souffrance de la victime. Une once d’humanité affleure, tout de même, envers son chien Tink. Tout n’est donc pas mort (ne voyez-là aucun mauvais jeu de mots !).

« Je suis capable d’empathie envers certains représentants de la race humaine. Les enfants, par exemple. Je ne supporte ni cruauté ni injustice envers les enfants parce que aucun enfant ne mérite ça. » (p.69)


Ce roman cultive le second degré de bout en bout et la lecture est tout simplement jubilatoire ! Nous parvenons sans difficulté à nous attacher à Rhiannon, aussi immorale soit-elle : en effet, elle cultive la haine et se pare de l’identité de la justicière masquée. Pourtant, sa violence vise à éradiquer ceux qui ont fait du mal (à elle-même, à des enfants, des femmes) : violeurs, pédophiles, meurtriers. Appréciation difficile du lecteur n’est-ce pas ? Rhiannon est-elle coupable ou au contraire mérite-elle qu’on l’absolve au regard de la justice qu’elle tente de faire régner ?

« Par ailleurs, je suis à présent officiellement une serial killeuse, selon les critères de Google : « Un individu qui assassine trois personnes ou plus en un laps de temps plus ou moins long, avec des interludes prolongés entre chaque crime. » Je corresponds parfaitement au descriptif. » (p.149)

On passera outre la vulgarité de certains passages que l’on légitimera par le « piquant » ajouté à la vivacité du journal de Rhiannon.

« Mon Dieu que les hommes sont épuisants. Je comprends ce qui a poussé la première lesbienne à baisser les bras. » (p.397)

Inattendu, tantôt glaçant tantôt brûlant, sanglant, cinglant et mordant : une serial killeuse que l’on n’oublie pas !

Serial killeuse, C.J. SKUSE, éditions Denoël, traduit de l’anglais par Diniz Galhos, 2018, 543 pages, 21.90€.

Roman gracieusement envoyé par le service de presse des éditions Denoël.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

WordPress.com.

Retour en haut ↑

%d blogueurs aiment cette page :