« Propriété privée », Julia Deck : le charme du voisinage… (#rentréelittéraire2019)

Eva et Charles Caradec accèdent, après des années de location d’appartements parisiens, à la propriété privée dans un nouveau quartier écolo tendance.

Propriété privée.jpg

A presque cinquante ans, ils espèrent y vivre en toute tranquillité : elle peut y poursuivre ses projets architecturaux urbains tandis que lui, brillant universitaire, tente depuis vingt-sept ans de soigner ses crises maniaco-dépressives et ses névroses obsessionnelles.

Seulement, leur quiétude quotidienne est remise en question lors de l’arrivée d’Annabelle et Arnaud Lecoq : vulgaires et sans-gêne, ils sèment un beau bazar dans la petite vie sage et tranquille des voisins. Mais surtout, Eva sent de manière intuitive que les Lecoq vont délibérément et insidieusement empoisonner leur vie.

« Je me suis répété : tout va bien, c’est juste un mauvais moment à passer, on va finir par s’habituer à cette maison. […] Surtout j’ai compris que j’allais mordre la poussière. » (p.39)

Ça ne loupe pas.

« Mais je me rappelais aussi toutes les fois où les Lecoq avaient enfreint notre espace vital, miné notre territoire. » (p.67)

« Alors j’ai compris que c’était des démons. Ils n’espéraient pas seulement nous faire déménager. Ils voulaient nous voir souffrir, nous empêcher de penser, de nous aimer, fracturer le complexe édifice de notre entente. Ils projetaient notre éradication totale et définitive. » (p.83)

Les Caradec peuvent en partie compter sur les autres voisins pour établir quelques relations cordiales mais, lorsque le gros chat roux des Lecoq est retrouvé éventré un matin, lorsqu’Annabelle et son fils Léo ne reparaissent pas après quelques vacances, les soupçons se portent immédiatement sur Eva et Charles.

L’idyllique statut de propriétaire pourrait-il virer au cauchemar ?


Julia Deck signe avec Propriété privée une chronique réaliste qui met quelque peu à mal les archétypes modernes des habitants bobo des nouveaux quartiers tendance éco-responsables. Au final, un monde peut-être pas si reluisant que cela puisque des drames s’y jouent comme n’importe où ailleurs, de la même manière que des vices peu avouables se cachent derrière une apparence impeccable.

Notons l’étonnante narration du « je » d’Eva Caradec s’adressant tout du long du récit au « tu » de son mari.

Enfin, le lecteur se retrouve un invité du quartier tranquille qui a forcément envie de savoir ce qui se passe derrière les charmantes portes des coquettes maisons : jolie et astucieuse mise en abyme d’un certain voyeurisme…


Propriété privée, Julia DECK, éditions de Minuit, 2019, 174 pages, 16€.

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