« Une Évidence », Agnès Martin-Lugand : puzzle de pièces masculines pour une consécration féminine

Peut-être me direz-vous « honte à toi », mais Une Évidence est le premier roman d’Agnès Martin-Lugand que je lis. Il y a une première fois à tout, n’est-ce pas, et sans doute vous demanderez-vous pourquoi je n’avais encore jamais ouvert l’un de ses livres. Tout simplement parce que je me méfie quelque peu des best-sellers adoubés par les médias non spécialisés. N’y voyez pas là un quelconque snobisme, absolument pas. Seulement, je crois que ces romans n’ont pas besoin d’un relais digital pour être couronnés de succès, alors autant découvrir des récits qui ne disposent pas du même éclairage et, tout justement, les mettre en lumière.

Alors, quid de cette Évidence ? Et bien, en toute franchise, un bon moment de lecture : une intrigue franchement bien troussée, une protagoniste assez complexe… Il n’en faut pas plus pour proposer un agréable récit.

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Reine élève seule son fils Noé depuis dix-sept ans. Du père, on n’en saura rien au début, sinon que la jeune femme s’est un jour retrouvée enceinte et que le père de l’enfant n’était pas là pour assumer la suite. Cet enfant, Reine l’a détesté dans son ventre, le maudissant chaque jour. Mais, lorsqu’il est né, une métamorphose a eu lieu, et plus  jamais Reine n’a considéré la maternité comme une tare. Elle a pu compter sur sa famille, aimante, ainsi que sur Paul, un photographe de renom qui lui a peu à peu mis le pied à l’étrier dans le domaine artistique.

Dix-sept ans après, Noé prépare le bac, Reine est l’associée de Paul dans leur agence de communication, et tous vivent un bonheur calme, sans nuage.

Un jour, Paul annonce à Reine qu’un nouveau dossier les attend à Saint Malo. Peut-être un fait exprès, car Noé voue un culte pour la ville corsaire. Mais, dans un premier temps, l’approche sera toute professionnelle : Reine est missionnée pour rencontrer les deux gérants des Quatre coins du monde afin d’envisager une stratégie de communication visant à optimiser leur potentiel. Reine ne se doute pas qu’à peine le pied posé sur les pavés intra-muros de la ville, rien ne sera plus jamais comme avant… Les choix du passé vont peut-être se heurter aux réalités du présent, et définir le futur…

« J’avais pris conscience que le temps du mensonge tirait à sa fin, pourtant je grappillais un peu en continuant à mentir à tout le monde. Je ne me supportais plus. Je voulais disparaître. » (p.127)

« Je vivais depuis dix-sept ans dans le faux-semblant, mais j’étais désormais passée au stade supérieur, je n’étais que fausseté avec tout mon entourage. » (p.153)


Agnès Martin-Lugand signe, c’est indéniable, un beau portrait de femme. La complexité  est de mise, puisque c’est son identité de femme / de mère / de sœur / d’amie qui est questionnée tout au long du roman. Dans la douleur souvent, puisque le fruit des rencontres de Reine l’amène à être écartelée entre plusieurs figures masculines, chacune étant un élément du puzzle identitaire de la jeune femme.

« J’avais tout fait pour me détruire. Mourir, en restant vivante. Avoir si mal qu’on n’a plus la force de hurler, plus la force de pleurer. Être tétanisée, devenir aveugle, sourde, insensible à la douleur physique. Avoir l’impression que tout se fige autour de soi. » (p.233)

Ce que je retiendrai du roman, c’est l’émotion, omniprésente pour chacun des personnages. Un peu caricaturale parfois, dans les « gros bisous » déposés sur la joue de Reine par son fils, ou « les éclats de rire » qui succèdent aux « larmes ». Un manque de nuance verbale certain, qui confère parfois aux poncifs. Ainsi, alors que j’estimais que le roman évitait de justesse les clichés du genre, j’ai été dépitée par le « Je t’aime, je t’ai toujours aimée » peu avant le dénouement : non, pitié !!!!!!

J’ai découvert avec Agnès Martin-Lugand une écriture du quotidien, des sentiments simples (même si ponctuellement exacerbés…) et de la psyché féminine.

« Je ne retrouverais jamais ma vie telle qu’avant, mais aurais-je envie de reprendre une vie de mensonges ? […] Je ne voulais plus subir les conséquences de mes erreurs, je les affronterais et je ferais tout pour réparer les choses. » (p.265)

Pas sûr que je réitère l’expérience de sitôt, cherchant autre chose dans les récits. Il reste néanmoins le plaisir tout simple d’une lecture agréable.


Une Évidence, Agnès MARTIN-LUGAND, éditions Michel Lafon, 2019, 372 pages, 19.95€.

3 commentaires sur “« Une Évidence », Agnès Martin-Lugand : puzzle de pièces masculines pour une consécration féminine

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