A dévorer !

« La Nanny », Gilly Macmillan : méfiez-vous de la nounou…

La NannyJocelyn et sa fille Ruby quittent la Californie pour retourner en Angleterre. En effet, Chris, l’époux de l’une et le père de l’autre, est mort dans un accident de la route, laissant sa famille dans une situation financière difficile. Jocelyn n’a d’autre choix que de retrouver le giron familial ancestral de Lake Hall, vaste manoir qui appartient depuis des siècles aux Holt, aristocrates de renom siégeant comme il se doit au cœur d’une petite bourgade de campagne.

Contrainte et forcée, Jocelyn retrouve sans effusion aucune sa mère Virginia, veuve depuis peu. Si la petite Ruby s’enthousiasme de faire la connaissance de sa grand-mère, Jocelyn renoue à contre-cœur avec sa génitrice. Depuis l’enfance, les relations entre la mère et la fille sont tendues, Jocelyn ayant toujours préféré l’affection de sa nanny Hannah à la froideur détachée de sa mère. Et, plus de trente ans après, leur relation n’a pas changé d’un iota.

« Hannah est tout pour elle. Hannah s’intéresse à elle. Hannah l’écoute. Hannah prend le temps de lui expliquer les choses. Hannah est plus gentille que sa mère. Hannah l’aime. » (p.18)

Or, peu de temps après l’arrivée de Jocelyn à Lake Hall, un crâne humain est retrouvé dans le lac de la propriété. Cette découverte glaçante fait surgir une question chez les Holt : pourrait-il s’agir de Hannah, mystérieusement disparue une nuit pendant l’enfance de Jocelyn ?

Cette hypothèse est mise à mal lorsque ladite Hannah revient frapper à la porte du manoir pour proposer ses services. Usurpation ? Mystification ? Jocelyn n’y voit que du feu, trop heureuse de retrouver sa nanny. A l’inverse, Virginia revit avec horreur la « dernière nuit » de son employée : a-t-elle décemment pu survivre au drame nocturne qui s’est joué dans ce milieu privilégié ?

Peu de temps après l’arrivée (le retour ?) de Hannah, des faits étranges se produisent, mettant à mal les certitudes des unes et des autres. Le retour de la nanny est-il une bénédiction ou une malédiction ?

« Je sens le danger se rapprocher, même si je ne suis pas encore en mesure de l’identifier. » (p.160)

« Comme pour tant d’autres choses qui se produisent en ce moment, je ne sais pas trop quoi ou qui croire. » (p.326)


La Nanny est un véritable roman plaisir, dans la mesure où l’ambiance très « chic campagne anglaise » crée un décor idéal pour insuffler le mystère et le trouble. La filiation est largement questionnée (et accessoirement mise à mal) dans le récit, et c’est tout l’enjeu social des castes qui se joue dans chaque chapitre.

« Avez-vous la moindre idée de ce qu’on peut ressentir en croisant le regard haineux de son enfant ? J’avais l’impression qu’on m’arrachait l’âme. J’avais tant d’amour à lui donner… Mais elle n’en voulait pas. » (p.226)

L’intrigue est plutôt classique, en ce sens où le drame intimiste originel se couple d’une enquête policière lambda. Néanmoins, le tout est écrit avec une certaine finesse qui permet d’écarter au mieux (mais pas parfaitement non plus) les traditionnels clichés du genre.

Roman polyphonique (une nouvelle fois, chaque chapitre est assumé par un personnage différent) et nouveau page-turner, La Nanny est indubitablement une lecture idéale pour cet été !

« Le passé est aussi glissant qu’une anguille. On a beau essayer de se raccrocher aux souvenirs d’un proche, ils finissent toujours par nous échapper. » (p.98)


La Nanny, Gilly MACMILLAN, traduit de l’anglais par Isabelle Maillet, éditions LES ESCALES, collection « Les Escales noires », 2020, 426 pages, 21.90€.

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