A dévorer !

« L’été des oranges amères », Claire Fuller : dangereuses liaisons estivales

L'été des oranges amèresAlors que Frances Jellico vient de perdre sa mère à peine quelques mois auparavant, une opportunité lui est offerte, le temps de cet été quasi caniculaire de 1969, de s’éloigner de Londres pour effectuer un inventaire des extérieurs paysagers de Lyntons, énorme manoir réquisitionné pour la guerre et depuis laissé à l’abandon, pour être finalement racheté par M. Liebermann, un riche Américain.

Là-bas, elle découvre que cet été de villégiature studieuse va être partagé avec Cara et Peter, présents eux pour l’inventaire intérieur de la maison et des installations.

Si, à 39 ans, Frances a tout de la vieille fille guindée, coincée et mal dans sa peau – conséquence d’une vie monacale sous le joug moralisateur et despotique de sa mère, Cara et Peter cultivent la fougue et l’impétuosité de leur jeunesse et de leur amour.

« Je croyais, pour la première fois en trente-neuf ans, qu’il serait excitant de ne pas savoir où j’allais atterrir ou ce que j’allais faire. […] J’avais envie de me débarrasser du souvenir de ces années, qui avait tout imprégné » (p.31)

Tous deux apprivoisent progressivement Frances et le trio passe la majeur partie de son temps ensemble.

« Tous les trois, nous parlions, buvions, riions. Jamais de ma vie je n’ai autant ri qu’au début du mois d’août de cette année-là. Pour la première fois, je n’étais pas celle qui observait les autres de dos, je faisais partie du groupe. » (p.187)

Cara profite de sa nouvelle amitié avec Frances pour lui confier son histoire passée. Seulement, les invraisemblances s’accumulent et la vieille fille, pourtant ferrée au récit – parfois sulfureux – de sa nouvelle amie, tique un peu à accorder tout son crédit à la fantasque jeune femme.

« Je compris immédiatement qui elle était : fougueuse, piquante, envoûtante ; un cactus en fleur. » (p.15)

« Elle cherchait à me choquer, et c’était réussi, j’étais choquée. Je commençais à comprendre que c’était une habitude chez Cara. Mais ce que j’ignorais encore à ce moment-là, c’est que chaque déclaration ou action d’éclat était pensée pour surpasser en scandale la précédente. » (p.142)

Cet été est aussi l’occasion pour Frances de découvrir ses premiers émois amoureux, au contact quotidien de Peter. Quelques signes et confidences l’amènent à penser que cet attachement grandissant est réciproque…

Avec Cara et Peter, Frances goûte à l’interdit et chaque jour les limites sont repoussées un peu plus loin. Un été initiatique à 39 ans : Frances pourra-t-elle en sortir indemne ?

Plus la fusion du groupe s’intensifie, plus des faits troublants apparaissent à Lyntons : des bruits étranges la nuit, un corbeau mort encore chaud près de la chambre de Frances… Il faut dire que le cadre de l’immense bâtisse est idéal pour insuffler une atmosphère gothique et glaçante dans la chaleur trouble de cet été-là.

« Je ne pouvais m’empêcher d’avoir l’impression que cet endroit se jouait de moi, tentait de me rendre folle ou de me faire fuir. » (p.282)

Des décennies après, au crépuscule de sa vie, Frances se confie à celui qui à l’époque était vicaire de la paroisse de Lyntons, Victor. Quelles révélations vont enfin permettre de rétablir la vérité sur tout ce qui s’est passé dans le domaine, le temps de quelques semaines ?

« Pourtant, pour la première fois, au milieu de tous ces mensonges et demi-vérités, je voulais me faire mon opinion et cesser d’être ballottée d’un point à un autre. » (p.378)


Extraordinaire roman que ce second récit de la talentueuse écrivaine anglaise Claire Fuller ! Il se dévore de bout en bout avec une tension grandissante plus les confidences de Cara avancent dans le temps, plus Frances se lie avec le couple, plus des faits étranges se produisent… Au final, le dénouement est des plus inattendus et on découvre avec effroi le cadre de narration de la Frances au seuil de la mort.

Plus que jamais l’amertume est de mise dans ce roman, tant dans les mots que dans les sentiments. A lire d’urgence cet été !


L’été des oranges amères, Claire FULLER, traduit de l’anglais par Mathilde Bach, éditions Stock, collection La Cosmopolite, 2020, 411 pages, 22.50€.

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