Mon absence sur le blog est facile à deviner : pause momentanée mais littérairement riche, très riche, vous allez le voir. Une semaine et demie en mode off qui me permet de partager quatre excellents romans pour lesquels, une fois n’est pas coutume, je vais vous proposer une très rapide critique.

47ème lu (à dévorer) : A deux pas du paradis, James FREY, traduit de l’anglais (États-Unis) par Diniz Galhos, éditions FLAMMARION, 2026, 428 pages, 23€.
Qu’il fait bon vivre dans la petite ville de New Bethlehem, si et seulement si votre porte-feuille est bien rempli pour mener un train de vie dispendieux, fréquenter les meilleures écoles de tout le pays et disposer des services quotidiens les plus prestigieux.
Cependant, l’argent ne fait pas forcément le bonheur, banalité dont on conviendra même si on peut la discuter. Aussi, pour pimenter leur quotidien, deux amies, passablement malheureuses dans leur mariage pourtant certifié gold voire platinium, décident d’organiser une soirée entre quatre couples pour « tester » d’autres affinités. Un petit jeu sensuel aux lourdes et tragiques conséquences : et le paradis de se transformer en enfer.
On a là, sous le vernis de la superficialité affichée des personnages, un roman social acide et critique des nantis et de la dépendance des épouses au bon vouloir du porte-feuille de leur époux. L’emprise voile les relations d’une obscurité inquiétante : derrière les ors des demeures somptueuses et des sourires au blanc étincelant se cache une réalité beaucoup plus sordide… Un texte fouillé, jubilatoire et, à bien des égards, passionnant.
Et s’il ne fallait retenir qu’une citation ? « Chacun exhibe ce qu’il peut faire valoir, qu’il s’agisse de cash ou de grâce, et l’écrasante majorité des personnes présentes occupent leur temps à se jauger, à se juger et à jaser. » (p.13)
48ème lu (à dévorer) : Tout le monde ment, Thierry LENTZ, éditions FAYARD, 2008, 191 pages, 17€.
Louis Martin vit sans doute la crise de cinquantaine et éprouve indubitablement la tentation du démon de midi lorsque, faillible, il entreprend de séduire une jeune employée de la banque dont il est l’un des cadres principaux.
Les appâts de la diabolique Élisa, de presque vingt ans sa cadette, mettent en péril le mariage de Louis avec Isabelle, sa sage épouse entièrement dévolue à leur seul et unique fils. Mais Louis est ferré : il vit une seconde jeunesse avec sa maîtresse, quitte à assumer une mièvrerie dont il s’ignorait être capable. Quitte à mentir à tout va à son entourage…
Pourtant, Louis n’est pas sans ignorer le passé amoureux d’Élisa, aux mœurs passablement libres et ouvertes. Et lorsque cela s’avère nécessaire, l’intrigante n’hésite pas à faire preuve de cruauté pour mieux manipuler son Loulou. Quitte à mentir à tout va pour ferrer son amant.
Roman d’une relation triangulaire toxique, délétère dans laquelle chacun tergiverse, entre élans affectifs spontanés et retenue angoissée d’un futur incertain parce qu’engageant et lourd de conséquences, Tout le monde ment analyse, d’une écriture élégante et raffinée, les atermoiements amoureux, éternel motif d’inspiration littéraire.
Et s’il ne fallait retenir qu’une citation ? « Cela me fait souffrir autant que toi. Je m’interroge sur moi. Je me demande si un jour je pourrai aimer vraiment et « être avec ». » (p.143)
49ème lu (à dévorer) : Vacances en famille, Shalini BOLAND, traduit de l’anglais (Royaume-Uni) par Étienne Gomez, éditions le Livre de poche, 2026, 326 pages, 8.90€.
Adepte du Airbnb ? Peut-être changerez-vous d’avis après avoir lu ce roman d’été idéal (page-turner absolu) dans lequel nous faisons la connaissance de Beth, une femme au foyer ayant renoncé à ses rêves de chef de cuisine pour mieux laisser le talent d’écrivain à succès de son mari, l’irascible Niall, s’épanouir. Une vie de renoncement pour mieux satisfaire les hommes de sa vie, peut-être tempérée par la proposition de son époux de procéder à un échange de maisons, le temps de l’été, pour s’octroyer des vacances bien méritées et espérer se retrouver.
Ainsi, les Kildare troquent leur douillet cottage anglais pour une superbe villa italienne moderne, propriété de la belle Amber, de son époux Renzo et de leurs deux enfants.
Cependant, la trêve espérée dans le couple Beth – Niall peine à advenir, l’écrivain se montrant absolument détestable, les bagages à peine mis dans le coffre. Égoïste, ingrat, il laisse tout à faire à Beth, et en particulier la gestion de leurs deux fils, turbulents au possible. Beth encaisse sans rien dire : un sourire de Niall est trop précieux pour oser affronter ses foudres.
L’accalmie, de la fragilité d’un papier de soie, ne dure que quelques jours : tout vacille lorsque Beth découvre dans la villa d’Amber une photo représentant la jeune femme avec Niall. Hasard lié aux promotions littéraires de l’écrivain, notamment en Italie ? Peut-être… ou peut-être pas…
N’en disons pas plus, sinon que l’escapade idyllique se transforme en enfer. Aux commandes, dans le cottage anglais d’emprunt, Amber, parfaitement lucide quant au cataclysme qu’elle a à dessein programmé. Mais lorsque le destin s’en mêle, la tragédie est proche…
Emprise conjugale, émancipation féminine et sororité : des thèmes riches que ce roman d’été tisse avec efficacité (et tant pis si parfois on frôle l’improbabilité).
Et s’il ne fallait retenir qu’une citation ? « mais je commence à me demander si cet échange de maisons ne fait pas plus de mal que de bien. S’il ne met pas notre mariage à rude épreuve au lieu de le sauver. » (p.177)
50ème lu (à dévorer) : La splendeur des Stockton, Jenny JACKSON, traduit de l’anglais (États-Unis) par Nathalie Peronny, éditions Les Escales, 2026, 348 pages, 22€.
La famille Stockton, riche à millions de par un héritage transmis de génération en génération grâce à des spéculations immobilières gagnantes depuis des décennies, a pignon sur rue à New-York. En d’autres termes, elle est de « celles qui comptent ».
Train de vie opulent où l’argent ne compte pas vraiment, fastueuses résidences et fêtes démesurées, rien n’est trop beau pour cultiver l’art du chic version bon genre, forcément.
Sasha, une brillante graphiste née dans la classe moyenne américaine typique, a épousé Cord, l’héritier Stockton en devenir. Modeste dans ses goûts ou ses choix et surtout soucieuse de s’intégrer au clan, elle peine à convaincre ses belles-soeurs, la douce Darley et la capricieuse Georgiana, ces dernières ayant eu la fausse bonne idée de surnommer la « pièce rapportée » de « Croqueuse de diamants ». Car, pour elles, on en est, ou on n’en est pas.
Or, malgré tous ses efforts, la mayonnaise ne prend pas, et Sasha comprend que, malheureusement, jamais elle ne sera acceptée par sa belle-famille, qui se complaît à vivre en vase-clos.
Mais lorsque les événements de la vie mettent à mal l’équilibre financier de la famille de Darley et les relations sentimentales de Georgiana, la donne change. Brutalement. Cruellement. Si le déni est de mise au début, les deux sœurs prennent peu à peu conscience que, purs produits de leur origine et de leur éducation (coucou le déterminisme social), elles ont jusque-là jugé les « autres » sous le spectre de l’argent. Sont-elles victimes, sont-elles coupables ? Un examen de conscience (et de repentir) s’avère nécessaire pour expier des erreurs sans doute involontaires et maladroites.
Dans ce roman polyphonique, dans lequel se succèdent les voix de Sasha, Georgiana et Darley, on saisit la réflexion fine et intelligente sur le déterminisme social, les enjeux et les problématiques des liens conjugaux et les perspectives de l’héritage : que lègue-t-on vraiment à sa descendance ?
Et s’il ne fallait retenir qu’une citation ? « Or elle ne voulait plus vivre ainsi. Pour la première fois de sa vie, elle voulait ôter l’écorce amère qu’elle avait laissée se former autour d’elle et s’ouvrir à la douceur qu’elle portait en elle. » (p.331)

Oh, quelle parenthèse estivale de choix !
Les quatre romans m’intéressent, les rivalités, les familles, les mensonges… jolis menus.
Bien sûr, tous dans la PAL !
Bonnes vacances et bonnes lectures ☀️🌸
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