A dévorer !

« La guerre par d’autres moyens », Karine Tuil : en garde !

La foi politique chevillée au corps, Dan Lehman a été le président de tout un pays pendant un mandat lors duquel rien ne lui a été épargné, surtout pas la violence des critiques et l’esbroufe régulière de l’entourage professionnel. Pourtant, même s’il a été malmené, Lehman regrette amèrement de ne plus en être, lui qui a été évincé par une blonde concurrente en tailleur marine. Alors, pétri d’amertume et désœuvré après l’arrêt brutal du tourbillon médiatique, l’ancien président écluse son sentiment de vacuité dans les bouteilles, chaque jour plus nombreuses…

Ce n’est pas auprès de sa compagne Hilda, une actrice allemande de renom qui a sacrifié sa carrière le temps de devenir première dame, qu’il trouvera une quelconque empathie. En effet, si les fastes de la politique l’ont un temps attirée, elle a compris que ce n’est pas en étant femme du président qu’on allait lui proposer des rôles. Or, Lehman de retour dans l’ombre contraint et forcé, une occasion inespérée de signer son grand retour et de reprendre toute la lumière qui lui est due lui est offerte par Romain Nizan, un cinéaste despotique connu dans tout le milieu pour son génie et sa tyrannie. L’œuvre ? L’adaptation d’un roman sur les violences faites aux femmes écrit par… Marianne, la première femme de Lehman.

« Il montre que le couple n’est pas seulement une affaire de désir et d’amour mais aussi de domination, de pouvoir et de violence. » (p.304)

Tout ce petit monde semble fonctionner en vase clos et pourtant, chacun effleure l’autre, fuit, esquive. La peur de souffrir à nouveau, la peur de l’engagement, la peur d’imposer la douleur. Paradoxalement se joue entre les personnages un jeu de pouvoir tacite qui n’a pour le coup rien de politique, mais où les sentiments sont les otages du bon vouloir des uns et des autres.

A la disgrâce succède le succès, la chute précède l’aura… Rien ne dure vraiment, sauf la sororité des femmes, plus vivante que jamais et célébrée comme un rempart contre l’emprise et la violence.

Un roman sublime, intelligent, terriblement contemporain et qui se dévore de bout en bout. Pépite.


La guerre par d’autres moyens, Karine TUIL, éditions GALLIMARD, 2025, 383 pages, 22€.

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