
Je rechigne à en arriver à ces extrémités, mais je confesse avoir abandonné à mi-chemin la lecture du récit grandement acclamé outre-atlantique et sur les réseaux d’Hal Ebbott. Pourtant, la qualité littéraire est indéniable : une prose élégante et une analyse de la psyché humaine profonde, délicate et subtile. Le thème ? Un week-end entre amis lors duquel Emerson reçoit pour ses 52 ans son ami de longue date, Amos, dans sa maison de campagne. Une occasion inédite, puisque épouses et filles sont également amies. Bref, tout s’annonce pour le mieux. Et pourtant, des tensions affleurent, imperceptibles ; des non-dits émergent, créant une tension dramatique d’un point de bascule à venir.
« S’il y a une chose qu’il avait apprise […], c’est qu’on ne savait jamais à quel moment la lumière pouvait changer, les gens bouger, et à quel moment l’on découvrirait l’angle qui ouvrait le champ des possibles. » (p.95)
Et pourtant, rien ne se passe vraiment : entre ce qui est conscientisé et ce qui est réellement acté, un blanc. Entre ce qui est réellement pensé et ce qui est verbalisé, un fossé. Vacuité, vanité… Une ellipse qui gangrène les différents fils du tissu amical.
« C’est un monde cruel, les amis […] Par contre, je crois vraiment qu’on s’appuie les uns sur les autres, c’est vrai. Ce n’est pas un problème. C’est un fait particulier, à un moment particulier. » (p.53)
Que m’a-t-il manqué alors ? Et bien, peut-être de l’épaisseur narrative, de l’action, des faits. J’ai refermé, avec regret car j’ai horreur du constat d’échec lorsque je n’arrive pas à le finir, le livre avec un terrible sentiment de bla-bla. Oui, de bla-bla : un bavardage interminable, fait de sauts dans le passé, pour décortiquer jusqu’à plus faim tel ou tel aspect du fonctionnement (social, amical, marital) des différents personnages. Une logorrhée intellectualisée à l’extrême, diablement spirituelle, mais aussi redoutablement ardue : quel est le propos de l’auteur, au final ?
Je n’ai donc pas réussi à ressentir l’empathie nécessaire pour les uns ou pour les autres. Si le week-end d’anniversaire d’Emerson vire au fiasco, c’est le constat que je fais pour ma propre lecture du roman d’Hal Ebbott, et je m’en excuse humblement…
Entre amis, Hal EBBOTT, traduit de l’anglais (États-Unis) par Laure Manceau, éditions ACTES SUD, 2026, 315 pages, 23€.
