« Brutes », Anthony Breznian

Un titre violent, un pluriel inquiétant : il n’en faut pas plus pour suggérer l’ambiance délétère au cœur du lycée catholique St. Mickael the Archangel, à Pittsburgh, dans les années 1990. Un lycée en déréliction, dont le délabrement préfigure la chute de ses occupants.

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On est loin du bizutage à la française des prépas et autres médecines, entre joyeusetés de bon ton et autres grivoiseries. Ici, on est bizut pendant un an, et nul n’y échappe. Nul ne doit y échapper, avec l’absolution de tous…

« Le bizutage avait toujours fait office de soupape de sécurité, mais la pression elle, était devenue insoutenable. Aux yeux de la principale, cette tradition avait viré au harcèlement autorisé. »

« Tut tut, ça dure toute l’année […] Et à la fin de l’année, il y a un grand rassemblement où ils te collent sur une scène pour te faire faire des trucs vraiment horribles. »

Un an de bizutage semble très peu probable, d’autant plus que le livre se concentre sur les épreuves des bizuts et très peu sur l’aspect scolaire. Et pourtant, nous suivons plusieurs premières années – Lorelei, Stein, Davidek – de leur journée de découverte du lycée jusqu’à la fin de leur première année, sans que l’on éprouve l’ennui de la répétition des diverses humiliations faites à leur égard.

Aucun ennui donc, et ce pour plusieurs raisons. Tout d’abord, les humiliations vont crescendo, du racket de cigarettes de l’une à l’orgie alimentaire infligée à un autre lors du pique-nique de fin d’année.

« Tu as jusqu’à vendredi. Une cartouche entière ou ton joli petit scalp, à toi de voir. »

« Trois jours plus tard, JayArr Picklin et un autre première année nommé Charlie Karsimen se retrouvèrent jetés dans la benne à ordures. Les coupables avaient verrouillé le couvercle, si bien qu’ils avaient dû y passer une demi-heure avant que soient entendus leurs coups de pied et leurs appels à l’aide. »

Ensuite, tout en suivant leur parcours au lycée St Mike, on découvre progressivement les blessures personnelles des personnages principaux. Des apartés qui permettent clairement d’éviter l’ennui d’un simple récit du chemin de croix des bizuts, et qui donnent une vraie complexité dramatique aux protagonistes. Enfin, c’est la description d’un microcosme scolaire, un instantané qui fige les relations professionnelles houleuses entre la directrice sœur Maria et le père Mercedes, ou encore la course à la popularité typiquement américaine. Mais on découvre que tout peut être remis en question très vite.

Un livre à découvrir de toute urgence, avec en fond sonore le « College Boy » d’Indochine, parfaite bande-son pour un tel texte.

Ed. Denoël et d’ailleurs 24.90 €

 

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