« Loin du corps » de Léa Simone Allegria : joie du cœur de ses lecteurs

Il est de ces découvertes littéraires qui enchantent : celle de Loin du corps, premier roman de Léa Simone Allegria publié au premier trimestre 2017, en est une.

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Adrienne est une brillante étudiante en Arts à l’École du Louvre. Elle entame ainsi son MASTER sur le thème des Vénus profanes en peinture. Mais sa force et sa richesse intellectuelles pallient la faiblesse de son cœur et de son corps : pleine de regrets d’avoir refusé la demande en mariage de son amoureux, Sandro, Adrienne se meurt physiquement en se privant de nourriture et en s’automutilant.

Un espoir lui est donné lorsqu’elle est un jour repérée dans la rue par un chasseur de têtes : Adrienne rejoint l’agence Muse Models, et devient rapidement une mannequin en vogue. Pour celle qui cachait et malmenait son corps tandis qu’elle scrutait les corps exposés des femmes dans les musées, c’est une nouvelle situation, une véritable occasion de possible réappropriation de son corps à travers le regard des autres. Mais est-ce réellement possible ? L’asservissement physique au bon vouloir d’un créateur souvent tyrannique peut-il s’effacer face à la surexposition du corps ?

« Je veux me débarrasser de mon corps ; le transformer en objet de vénération. Non, je ne veux pas être une déesse. Ou peut-être que si. Qu’est-ce que ça peut te faire ? Pourquoi le corps de la femme devrait-il être caché ? […] Je veux savoir à quel point je peux me défaire de ma propre image. Voilà. Je veux donner mon corps aux autres. (p.117-118)

Réflexion sublime sur le corps (que l’on montre, que l’on cache, que l’on modèle), le récit offre une intéressante description de la mode côté coulisses, sans effusions pailletées et glam’ traditionnelles : à travers le regard et la voix d’Adrienne, la narration qui en est faite est froide, tel un scalpel mutilant les corps offerts.

Quant à Adrienne, une déconcertante héroïne, dont on sent le profond désespoir intérieur, la malaise d’être déchirée entre l’objet de son désir et le constat froid, désabusé, de ce caprice. « Pauvre petite fille », serions-nous tentés de dire… Adrienne est peut-être « loin de son corps », mais la réappropriation de son cœur est tout aussi lointaine et incertaine…

« Tout ce qui nous occupe est vain et relatif. Dans un monde absurde dont tu t’acharnes à trouver le sens, tu ne dois te battre qu’avec tes propres fantômes. Nos croyances se croisent et s’entrechoquent. » (p.176-177)

Pour résumer, un brillant premier roman, très bien écrit, et qui souffle le chaud et le froid sur le lecteur quant à son adhésion au cas Adrienne. Chère Mlle Allegria, vivement une prochaine « joie » à vous lire !

Loin du corps, Léa Simone Allegria, éd. Seuil, 2017, 267 pages, 18 euros.

 

 

 

 

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