« Long Island » : un page-turner diabolique

J’ai découvert avec beaucoup de plaisir le talentueux Christopher Bollen en mars 2016 avec Manhattan People, récit dans lequel il dépeignait avec talent quelques spécimens de la jungle new-yorkaise. Un an après, il réitère l’expérience en amenant ses lecteurs du côté de l’île de Long Island.

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Il semblerait donc que New6york soit la terre de prédilection de Christopher Bollen, mais il opte cette fois-ci pour la version insulaire en mettant le cap sur Orient, petit village situé à la pointe de Long Island.

Orient est une bourgade ancestrale, où il est de bon ton d’y être né et surtout d’y être resté. C’est pour cela que le microcosme social du village est tout en remous dans le roman : les cultivateurs, commerçants, agents, professeurs natifs d’Orient voient arriver avec mépris et colère les riches citadins (et en particulier artistes) de New-York qui, avec quelques millions de dollars, peuvent prétendre à l’achat de coûteux terrains. De fait, Bollen structure judicieusement son roman en trois parties significatives : 1. Les résidents 2. Les arrivants 3. Lui.

Et puis il y a ceux qui sont partis d’Orient et y sont revenus, tels le célèbre architecte Paul Benchley, Beth et son artiste de mari Gavril. Mais peut-on revenir sur les terres de son enfance et prétendre y revivre, y être accepté comme avant ? Le roman pose cette question… De plus, revenir en terre natale accompagné d’un rescapé des drogues et de la faune dépravée de New York n’attire guère la sympathie : c’est ce que va rapidement découvrir Mills, le petit protégé que Paul amène à Orient avec lui pour l’extraire de sa misère et profiter de son aide pour remettre en ordre le domaine familial.

Le cadre est ainsi posé. Ne manque plus que l’action. Celle-ci ne tarde pas à arriver, avec les meurtres successifs de plusieurs figures locales de la bourgade : la psychose grandit, jusqu’à devenir insupportable. Bien évidemment, tous les regards se portent sur l’intrus, celui qui a le « pedigree » le plus favorable au crime : Mills. Mais ne serait-ce pas un choix trop facile pour un roman ?

On peut se fier à Christopher Bollen pour complexifier à souhait les revirements de situation : l’inattendu guette le lecteur à chaque page, les relations (dé)multiplient leurs noeuds… Formidable page-turner au rythme haletant, à la structure narrative maîtrisée de main de maître malgré la complexité des ressorts, Long Island est de ces livres dont on tourne la dernière page avec un immense regret…

Long Island, Christopher Bollen, éd. Calmann Lévy, 2017, 650 pages, 23 €.

 

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