S’affranchir de la stigmatisation : « On ne naît pas grosse », Gabrielle Deydier

Avec 150 kilos pour 1.53 m, Gabrielle Deydier est, à 36 ans, obèse, indéniablement obèse, au point d’atteindre le stade « morbide » de l’obésité.

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Lasse de constater les regards méprisants et d’essuyer les remarques déplaisantes journalières, elle décide de prendre le sujet à bras le corps et de profiter de sa profession – journaliste – pour enquêter sur l’obésité. La sienne et celles des autres, et dépasser la stigmatisation constante dont sont victimes les personnes obèses.

Le récit de Gabrielle Deydier est donc double : d’une part, il s’agit d’une confession au cours de laquelle Gabrielle Deydier sonde son passé pour remonter aux origines de son état et tenter de trouver une explication à ses questions. De là, une rétrospective intime, au cours de laquelle on découvre son milieu social, son rapport (intéressant) avec ses parents. Cette confession n’est pas sans souffrance, et se livrer de manière aussi intime est douloureux :

D’autre part, Gabrielle fait de son récit une enquête fort bien documentée : qui sont les obèses ? Comment en sont-ils arrivés là ? Comment sont-ils traités ? Quelles solutions à envisager ? Le travail des sources est très exhaustif, vulgarisé comme il le faut, ce qui permet de découvrir aisément qui sont les Fat Admirers, les feeders, ou encore de constater avec effroi que le suicide est monnaie courante chez les obèses.

Au-delà de cette double entreprise, Gabrielle Deydier nous offre un miroir pour que nous réfléchissions à notre propre rapport à l’obésité : quel regard portons-nous sur les personnes obèses ? Pouvons-nous décemment affirmer que nous n’avons pas dans notre regard une once de jugement péjoratif ? Et si nous aussi, nous étions obèses, comment réagirions-nous ?

Les deux heures de lecture de ce texte achevées, je n’ai pu m’empêcher de penser que mon propre regard sur l’obésité méritait d’être recadré. Il est évident que Gabrielle Deydier offre, restitue une véritable humanité à ces absents qui se veulent aussi discrets qu’une ombre lorsqu’ils apparaissent (le constat est réel : 10 millions de personnes corpulentes en France, mais en voyez-vous souvent ?). Un pavé de poids dans la mare. Efficace.

On ne naît pas grosse, Gabrielle Deyer, éditions Goutte d’Or, 2017, 146 pages, 15€.

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