« Brillante », Stéphanie Dupays

Excellente découverte avec Brillante, de Stéphanie Dupays, sur un thème que j’affectionne : l’ascension sociale lorsque le milieu d’origine est modeste. Thème que l’on retrouve notamment avec Jude de Thomas Hardy, ou encore Pas son genre de Philippe Vilain.

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Claire est une brillante cadre au parcours scolaire et professionnel sans faute. Ayant un poste a responsabilités au sein de l’entreprise agroalimentaire Nutribel, tout lui sourit, et son dur labeur lui permet de jouir des privilèges de son statut, privilèges qu’elle partage avec son compagnon Antonin :

« Claire et Antonin travaillent beaucoup ; ils se voient comme deux randonneurs de haute altitude. Ils perçoivent leur milieu professionnel respectif comme un Everest qu’on ne gravit pas sans effort. Il faut du souffle, de l’endurance, de la technique, et cette volonté de continuer même les jours où la fatigue vous envahir et qu’il serait si tentant de sortir tôt du bureau, de couper son téléphone pour siroter un cocktail en terrasse. Évidemment, l’effort offre quelques gratifications. Le trading de métaux conduit Antonin aux quatre coins du monde. Lorsque la destination est à quelques heures de vol de Paris, Claire le rejoint le week-end dans un hôtel cinq étoiles aux peignoirs moelleux et aux vues panoramiques. Ce soir, c’est la privatisation, du musée qui récompense les salariés de Nutribel de leur jeunesse sacrifiée à l’essor de l’entreprise. »

Au-delà de cette envie de réussir, d’exceller, il s’agit surtout pour Claire de fuir son origine sociale modeste et provinciale :

« Claire veut un métier passionnant, avec des défis à relever chaque jour, pas comme celui de ses parents qui, tous les soirs, cochent sur le calendrier de la Poste la case les rapprochant de la retraite tant attendue. »

Cela donne lieu dans le roman à un passage fort cruel dans lequel les riches parents d’Antonin sont invités à déjeuner avec les parents de Claire dans l’appartement parisien des jeunes cadres. Décalage flagrant des codes et acidité du regard social porté par l’auteur :

« En tout cas, ma mère a découvert quelque chose aujourd’hui, ce doit être la première fois qu’elle rencontre des amateurs d’André Rieu. » – Antonin

La réussite comme seul bagage pour échapper à sa condition sociale…

« Tout privilège suscite chez ceux qui en sont exclus l’envie d’y accéder ».

Mais comment réagir lorsque, un beau jour, Claire devient la victime d’une mise au placard ? Chute lente et vertigineuse avec pour vue la destruction d’une ascension parcourue à la sueur de l’effort. Stéphanie Dupays excelle à décrire et à narrer ce long processus de placardisation. Le lecteur imagine page après page le pire, en découvrant les humiliations successives dont est victime Claire. Il est évident que ce récit est une peinture on ne peut plus réaliste de la réalité sociale de ce qu’est la mise au placard. C’est d’autant plus évident que Stéphanie Dupays est elle-même haut fonctionnaire dans les affaires sociales.

Le récit Brillante est donc excellent. Réserve concernant le dénouement, mais par respect pour les futurs lecteurs éventuels de ce très bon ouvrage, je n’en dirai rien…

Brillante, Stéphanie Dupays, Mercure de France, 2016, 185 pages, 17 €.

 

 

 

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