« L’autre qu’on adorait » : ce livre que l’on dévorait

Fantastique lecture du récit de Catherine Cusset L’autre qu’on adorait ! Un récit à l’écriture sublime dévoré en quelques jours à peine. Une clé d’entrée évidente pour moi dans l’univers foisonnant de l’auteur, autorité littéraire déjà bien installée avec des titres tels Un brillant avenir, Le problème avec Jane

IMG_20170402_100534.jpg

 

Dans ce récit, nous suivons le parcours du protagoniste principal, Thomas Bulot. Or, nous partons de son suicide final, pour remonter aux origines de sa déchéance (décadence ?) latente : comment en est-il arrivé à cela ?

Nous découvrons dès le début un jeune homme plutôt brillant (le meilleur élève de sa khâgne, une admission à Columbia University, un poste de professeur de fac à Reed, une culture aux limites incalculables…) et charismatique, tant auprès de ses collègues, que de ses amis et de ses nombreuses conquêtes. Mais très vite, on constate que les succès de Thomas sont tous rapidement plombées par un échec : non admissible à Normale Sup’, candidature évincée pour enseigner dans l’Ivy League, incapacité à rendre une relation amoureuse permanente. Thomas Bulot est donc un homme paradoxal. Rien ne dure. Le héros semble cyclique, avec la répétition du même. Mais en pire, ou du moins en moins bien…

La dualité – ou du moins le chiffre 2 – semble être la clé du roman : double est le chemin de vie du personnage, alternant sans cesse entre succès et échecs ; incessants sont les allers et retours entre deux pays, la France et les États-Unis, entre deux villes d’un même pays ; création fulgurante (celle d’un texte, d’un amour, d’une amitié) avortée par une autodestruction grandissante et étourdissante…

Thomas est un héros magnifique et sublime, plombé par sa dualité inhérente et destructrice, laquelle se révèle porter le nom de bipolarité.

La dualité est également rendue signifiante par le choix narratif d’utiliser non pas le « je » ou le « il », mais le « tu » : la narratrice, se prénommant singulièrement Catherine, est au début l’amante de Thomas, puis son amie jusqu’à la fin du livre. C’est elle qui prend en charge le récit de la vie de Thomas, jouant presque le rôle de sa biographe en dépassant le cadre strict de ce qui lui permettrait normalement son rôle, à savoir une vision morcelée de la vie du héros : ici, elle est omnisciente, et ce « tu » par lequel elle désigne Thomas met à distance cet homme adoré.

Écriture virtuose et récit de vie captivant : un roman que l’on adore !

L’autre qu’on adorait, Catherine Cusset, NRF Gallimard, 2016, 291 pages, 20 €.

 

Publicités