
Si vous escomptez trouver un mode d’emploi pour vous débarrasser de votre cher et tendre parce que, comme pour nos héroïnes du roman, vous n’en pouvez plus de votre moitié, passez votre chemin : vous ne trouveriez pas de recette gagnante mais, à défaut, un excellent moment de lecture. Mourir de rire plutôt que mourir tout court, mon choix est vite fait !
Il faut dire que les choses partaient mal : Pam, Nancy, Marlene et Shalisa sont mariées depuis des décennies mais font le constat d’un terrible sentiment de lassitude envers leurs époux. La passion des débuts a laissé place à une aridité apparente de sentiments. L’amertume des coups bas. La rancœur grandissante. Une mise à distance perceptible. Pourtant, à défaut de l’amour, les quatre couples célèbrent l’amitié, constante, solide, fiable, de leur groupe.
« Cela ne va pas si mal. Mais à quoi ma vie se résume-t-elle ? A soixante-trois ans, je suis censée me satisfaire d’une existence dans laquelle tout « ne va pas si mal » ? Je me demande quand nous avons ri ensemble pour la dernière fois, ou à quand remonte notre dernière conversation intéressante. Je veux dire, en dehors de savoir si c’est à moi de sortir la poubelle. » (p.53)
Au lendemain, tout justement, d’une soirée entre amis, le pire arrive : Dave est retrouvé la tête écrasée par la porte de son garage. Cet accident dramatique, qui aurait pu être le prétexte à un propos larmoyant, lance au contraire une dynamique narrative inattendue : Marlene soupire presque de soulagement d’être débarrassée d’un homme qu’elle n’aimait plus vraiment et se félicite de recevoir une très coquette somme de l’assurance-vie de son défunt mari. Pour les trois amis de Dave, Hank, Larry et André, c’est plutôt le glas qui résonne : Dave ne serait-il pas la première victime de représailles de la part d’agents mafieux du casino dans lequel travaillent Dave et Hank, sbires qui auraient découvert les agissements pas très licites des deux employés, aidés de leurs amis ?
Convaincus que Dave n’est que le premier de la liste des quatre à payer de sa vie l’énorme fraude fomentée pour gagner de l’argent, les trois hommes se mettent en tête de semer les vengeurs à leurs trousses. Pour cela, un seul homme : Hector, leur coiffeur mais surtout un rescapé des gangs du Salvador…
Les épouses, quant à elle, s’avouent envieuses de la tranquillité de vie acquise par Marlene : plus de mari ennuyeux et une nouvelle vie enfin sous la signe du luxe. Elles qui triment encore à plus de soixante ans pour survivre aux mauvais placements financiers de leurs époux voient en Marlene le « modèle » à suivre : et si elles se débarrassaient de leurs maris pour vivre, enfin, et parce que ce serait mérité, la belle vie ? Pour cela, un seul homme : Hector…
Vous le devinez, le roman enchaîne les quiproquos et les retournements de situation. Pour cela, n’attendez pas la fin du livre : les twists sont nombreux, et on se régale des déconvenues des uns ou du soulagement des autres. Autant le dire, c’est intelligent et savoureux. Diaboliquement, délicieusement ironique.
« Mais il avait devant lui trois femmes qui souhaitaient en finir avec leurs maris. Et trois maris qui lui demandaient de tuer quelqu’un qui voulait leur mort. A l’évidence, il y avait ici une décision à prendre. » (p.106)
Alors qui de la team des époux ambitieux ou des femmes délaissées l’emportera ? Sous couvert d’une comédie rocambolesque quasi-policière, Sue Hincenbergs teinte son propos d’une sérieuse réflexion sur l’usure du couple et le désamour possible : que reste-t-il d’un duo au terme de décennies à cheminer ensemble ? Est-il devenu duel ? Tout supporter par fidélité ? Oser s’affranchir des carcans conjugaux pour se réinventer ? A quels risques se confronter ? A quels sacrifices consentir ?
Roman idéal pour un été pas encore terminé, Comment tuer son mari suggère plutôt entre les lignes un mode d’emploi pour réinventer son couple.
Comment tuer son mari, Sue HINCENBERGS, traduit de l’anglais (Canada) par Françoise-Anne Laporte, éditions du CHERCHE-MIDI, 2026, 459 pages, 22.90€.
