« In utero », Julien Blanc-Gras

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Devenir mère, un concept littéraire déjà éprouvé depuis notamment ce qui était Un heureux événement par Éliette Abécassis en 2005. Alors la grossesse et l’accouchement perçus par un futur père : une conception insolite, une fécondation des plus productives.

Julien Blanc-Gras a accouché avec succès d’un poupon bien troussé (lequel n’est pas son premier rejeton, mais son cinquième). On y suit les tourments intérieurs du futur père, jeune trentenaire bobo parisien, de l’annonce de la grossesse à l’accouchement de celle qu’il nomme « La Femme », déchiré entre le bonheur de découvrir la paternité et l’angoisse de cette nouvelle responsabilité, forcément porteuses de changements de moyenne à grande échelle :

« Le quotidien va changer, dans des proportions encore inconnues.
Je sais que je vais voir la vie différemment.
Je ne sais pas encore comment. »
« Je me suis posé toutes ces questions cent onze fois et, un jour que j’étais traversé par une furtive pulsion de paternité en observant des gosses jouer dans un parc, j’en suis arrivé à cette conclusion : pourquoi pas ? »

Un tiraillement constant qui, telle la fluctuation des hormones féminines lors de la grossesse, engendre des réflexions sur l’enfantement en général :

« Tout a changé, des moindres gestes quotidiens à la conscience de notre place dans l’univers. Bien sûr, des paramètres immuables nous constituent à travers les âges. On respire, on mange, on dort. Et on fait des enfants. On fait des enfants comme on respire ? Résumons la vie des hommes au plus court : ils naissent, et ils se reproduisent avant de mourir. Ils laissent une trace, des gènes, comme une évidence. »
Sur la question du placenta : « Que faire de cet organe qui a nourri et oxygéné l’Enfant pendant des mois ? Au XXe siècle, les industries cosmétiques récupéraient des placentas humains, considérés comme des déchets opératoires, pour les intégrer à la composition de leurs produits – pratique aujourd’hui prohibée.
Dans certaines cultures, on l’enterre pour que la matrice revienne à la terre. Ailleurs, on la brûle ou on l’enveloppe de feuilles de bananier. »

Et ce journal d’un futur père de devenir traité sur l’art d’être père : une théorisation fertile, qui intervient comme la main apaisante d’une mère sur le dos de son enfant pour le calmer de ses angoisses.

Les 190 pages de ce journal de bord se lisent d’une traite, et force est de constater que si ce livre est le récit de la naissance d’un enfant, c’est surtout l’histoire de la naissance d’un père et de la renaissance d’un homme :

« Ses pleurs s’éteignent dans mes bras. Je me sens moins inutile. Ma présence sur cette planète n’est plus tout à fait anecdotique. »
« La planète continue de tourner et mon existence pivote autour d’un axe central. C’est la révolution permanente. L’Enfant, c’est le soleil ; l’Enfant, c’est la gravité. Ma vie est magnétisée par la sienne. »

On pourrait croire que le ton est sérieux, mais Julien Blanc-Gras s’emploie tout au long du récit à dédramatiser ses craintes mais aussi celles de « La Femme ». A défaut d’un accouchement sans douleur, l’enfantement du rôle de futur père se fait avec un humour plein de bon sens :

« Voilà le moment où je me gratte la tête. Ce n’est pas facile de retenir l’âge des enfants, ça change tout le temps. »
« Je me couche en lisant une enquête intitulée « La vraie histoire du sexe après l’accouchement ». Un gynécologue y explique qu’une femme ne retrouve jamais son corps d’avant et rappelle que le diamètre d’une tête de bébé avoisine les dix centimètres. Le témoignage d’une mère résume bien l’affaire : « Mon vagin était devenu un hall de gare. » J’ai beau être un grand voyageur, je regrette d’avoir lu cet article. »

J’ai refermé le livre à regret, car à partager les états d’âme d’un père, « aventurier de la vie humaine », on se sent presque comme le quatrième membre de cette nouvelle petite famille. Moi qui n’ai pas encore d’enfant, je reconnais avoir tressailli de peur et d’impatience à la fois au fur et à mesure des pages et des mois. Il paraît que c’est la plus belle chose qui puisse arriver à une femme : Julien Blanc-Gras le confirme, et me fait ajouter que c’est aussi la plus belle chose qui puisse arriver à un homme.

In utero, Julien Blanc-Gras, Ed. Au Diable Vauvert.

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2 réflexions sur “« In utero », Julien Blanc-Gras

  1. Je trouve que la grossesse et la naissance sont parmi les plus beaux événements à vivre dans la vie d’une femme… mais aussi d’un homme. Le rapport d’un homme à la naissance de son premier enfant, me touche au plus haut point. Je garde très souvent en tête l’image de l’homme qui ne veut pas montrer ses sentiments ou sa sensibilité, alors voir un livre comme ça m’intéresse beaucoup. Ce serait typiquement le genre d’oeuvre à me faire couler la larmichette ^^
    Merci pour cette découverte !

    Aimé par 1 personne

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