« Qui je suis », Mindy Mejia : un récit palpitant questionnant les rôles que nous jouons au quotidien, quitte à ce que la comédie devienne tragédie…

Hattie Hoffman est une belle et brillante jeune fille de dix-sept ans. Joyeuse, populaire et talentueuse, Hattie ne ménage pas ses efforts pour honorer une vie sociale bien remplie : aussitôt les cours au lycée achevés, elle enchaîne avec son petit job puis ses répétitions de théâtre. Car Hattie adore jouer : elle se révèle comme jamais sur scène. Le rôle de Jane Eyre a confirmé son talent, celui de Lady MacBeth la consacre. Alors Hattie n’a qu’un seul rêve : quitter Pine Valley, (trop) tranquille petite ville du Minnesota, pour vivre à New York et y brûler les planches comme comédienne.

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En effet, malgré une vie en apparence épanouie, Hattie s’ennuie ferme ; alors, pour rompre l’ennui du quotidien, elle a fait de sa vie une vaste pièce dans laquelle elle multiplie les rôles que l’on lui attribue : l’élève modèle chérie de ses professeurs, la bonne petite amie d’un garçon populaire mais lourdaud, la fille parfaite de ses parents, l’amie idéale de sa cancanière de copine…

« J’avais passé ma vie à jouer des rôles, à être ce qu’ils voulaient que je sois, concentrée sur tous ceux qui m’entouraient, alors qu’à l’intérieur j’avais toujours l’impression d’être assise à cet endroit précis : recroquevillée au cœur d’une prairie morte, infinie, sans âme qui vive pour me tenir compagnie. » (p.16)

« Chaque jour, à l’école, je devenais ce que mes professeurs et mes amis voulaient que je sois, puis j’allais travailler ou répéter et je devenais ce que les gens attendaient, puis je rentras à la maison, je devais potasser et essayer de comprendre ce que désiraient mes parents » (p.129)

Seulement, ce rêve d’idéal new-yorkais est brutalement interrompu lorsque le corps de Hattie est retrouvé sauvagement poignardé dans une grange abandonnée.

Qui a pu tuer la charmante Hattie, irréprochable sous bien des aspects et promise à un si bel avenir ? Qui a côtoyé la jeune fille et a pu briser son destin d’un coup de couteau ?

Del, le shériff de Pine Valley et ami proche du père de Hattie, mène l’enquête : or, il s’avère que Hattie cachait bien des choses à son entourage et que les multiples rôles qu’elle endossait masquaient une liaison secrète et interdite. Serait-ce là la clé du drame ?

« Tu dis que c’est de la comédie, mais, en réalité, tu te fractures en mille pièces, et chaque fois que j’en découvre une nouvelle, tu es déjà ailleurs. Tu deviens quelqu’un d’autre, une foule d' »autres ». Et je finis par me demander s’il existe une personne nommée Hattie Hoffman. Je me dis que toute cette histoire n’est peut-être qu’une hallucination. » (p.267)


Une nouvelle fois, j’ai opté pour un roman choral dans lequel trois voix se succèdent à tour de rôle (sans mauvais jeu de mots): celle de Hattie, celle de Del et enfin celle, essentielle, du troisième protagoniste du récit au rôle clé dans l’intrigue (nom que je tairai pour maintenir un suspens bien compréhensible). L’entrelacement de ces voix est cohérent et palpitant, dans la mesure où il joue avec la chronologie, entre le moment du meurtre ainsi que sa suite logique, et tout ce qui s’est passé avant pour en venir au drame.

De fait, le rythme est haletant, preuve de la qualité de ce thriller estival des plus plaisants. Cependant, le récit de Min Mejia n’est pas dénué d’une profonde réflexion sur ce que l’on montre à autrui, sur les apparences de l’image que l’on veut imposer, quitte à cacher certaines vérités inhérentes à notre identité. Alors, quelle est la part de théâtralité en nous ? Quel(s) rôle(s) jouons-nous ?

« J’avançai d’un pas, attiré au mépris de toute raison par cette fille qui ne cessait de faire tomber ses masques de plus en plus audacieux comme une poupée russe ; un strip-tease psychologique qui me torturait en me donnant envie de la mettre en pièces pour découvrir qui, ou quoi, se cachait à l’intérieur. » (p.211)

Comment une vaste mascarade, comédie humaine à l’origine, peut-elle tourner à la tragédie ?

Un roman à dévorer sans plus tarder !


Qui je suis, Mindy MEJIA, traduit de l’anglais (États-Unis) par Jean Esch, éditions Mazarine, coll. Thriller, 2018, 396 pages, 22€.

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