« Une présence dans la nuit », Emily Elgar : méfie-toi de qui te regarde…

Alice est une infirmière dévouée dans l’unité de soins intensifs 9B à l’hôpital Sainte-Catherine.

« La 9B est une petite unité de surveillance permanente qui compte quatre lits. Ici, les patients, en équilibre sur leur petite corde raide, oscillent tous entre la vie et la mort. » (p.21)

Elle veille avec attention sur Frank, un homme d’âge mûr au net penchant pour l’alcool qui l’a conduit tout droit à l’AVC, état végétatif permanent en prime. Pourtant, Alice ne cesse de lui parler même si Frank est privé de tout mouvement et de toute parole. De tout, de rien. De son couple heureux avec David à l’évocation pudique des fausses-couches malheureuses qu’elle enchaîne.

Le quotidien de l’unité est quelque peu bouleversé lorsqu’y est admise une jeune femme ravissante, Cassie. Cette dernière a été fauchée par un chauffard alors qu’elle essayait de rattraper sa chienne dans la nuit noire de la campagne du Sussex,  effrayée par les détonations d’un feu d’artifice du Nouvel An. Son mari Jack est dévasté et, privée de sa mère depuis deux ans, c’est sa belle-mère Charlotte qui entoure Cassie d’une bienveillance et d’une protection toute maternelle.

Cependant, à trois reprises, de mystérieux intrus pénètrent de nuit dans l’unité, échappant à toute surveillance, afin de s’approcher du chevet de Cassie : son voisin et ami Jonny, qui révèle que Cassie avait peur ; un mystérieux individu à la jambe boiteuse et enfin une jeune femme répétant à Cassie « Je suis désolée ». Qui sont ces trois personnes ? Quel secret cachent-ils et que veulent-ils à Cassie ?

Pensant être seuls lors de ces intrusions interdites, ils ne se doutent pas que Frank, en face du lit de Cassie, bien que paralysé de tout mouvement, entend tout et perçoit les mouvements des inquiétants visiteurs. Il comprend peu à peu le danger qui rôde autour de Cassie. Mais comment prévenir Alice lorsque tout geste et toute parole lui sont interdits ?

« Peut-être que je connais pas la musique du rire de Cassie, que je ne sais pas si ses yeux sont verts ou bleus, ni comment elle aime prendre son thé, j’ignore sans doute tout d’elle, mais une chose est sûre : elle n’est pas en sécurité et je suis le seul à pouvoir l’aider. » (p.340)


Une présence dans la nuit est, à bien des égards, un roman très agréable qui se lit d’une traite. Joli coup de maître pour le premier roman de l’anglaise Emily Elgar qui nous offre un redoutable page-turner.

La structure du récit est basée sur la polyphonie, laquelle permet de faire entendre successivement le point de vue d’Alice, de Frank et enfin celui de Cassie. L’intrigue avance alors en confrontant les différentes voix, l’une prenant le relais de l’autre. Si Alice et Frank assument une narration à la première personne, le choix d’une troisième personne est fait pour Cassie, tout comme si le narrateur choisissait déjà délibérément une mise à distance significative de ce personnage progressivement dépossédé de ses convictions les plus intimes.

Emily Elgar manie avec dextérité l’art de l’intrigue policière en distillant un savant mélange de suspense. Elle n’en délaisse pas moins l’épaisseur psychologique de ses personnages en leur accordant des passages d’une profondeur et touchante intimité, révélateurs pour chacun de tourments intérieurs (mariage, difficulté à concevoir, alcoolisme). De fait, ces tranches de vies successives sont pleinement signifiantes et permettent au lecteur de développer une véritable empathie dépourvue de tout cliché manichéiste.

Enfin, notons le choix d’un dénouement qui évite les grosses ficelles narratives souvent usitées, pour laisser le lecteur hébété et tout chose. Mais, clairement, c’est pour la bonne cause !


Une présence dans la nuit, Emily ELGAR, traduit de l’anglais par Carla Lavaste, éditions Belfond, 2018, 396 pages, 21 €.

Roman gracieusement envoyé par le service presse des éditions Belfond, que je remercie.

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