« L’étincelle », Karine Reysset : chronique sociale et amoureuse d’un été incandescent

Cet été-là, Coralie est invitée à passer quelques semaines chez Soline, son amie étudiante, dans la maison de famille de cette dernière, autour de Sarlat et de Périgueux.

« C’était une grande demeure bourgeoise, presque un castelet, aux pierres blondes. » (p.15)

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Pour la modeste Coralie, fille d’un couple à la dérive de la classe moyenne, ces vacances s’annoncent comme la découverte d’un autre monde, aux codes inconnus. Opulence du confort, décadence des soirées arrosées, flamboyance des conversations, trouble égarement des couples : Coralie effleure une sphère ouatée et alanguie.

« Je pris mes marques assez rapidement, sans me départir cependant d’une légère sensation d’imposture. A cela rien d’étonnant. Je ne venais pas du même milieu que la famille de Soline et de leurs amis. L’aisance financière semblait leur donner l’assurance qui me manquait. C’est du moins le sentiment que j’en retirais. » (p.24)

Là-bas, elle fait la connaissance de Thomas, le grand ami de Soline. Le trio passe ses journées ensemble et s’encanaille avec les prolos du camping situé juste de l’autre côté de la rivière. Pourtant, c’est avec eux que Coralie semble se sentir le mieux et tombe sous le charme de Marco.

Seulement, le meurtre d’une fillette du camping assombrit la luminosité éclatante de l’écrin estival dans lequel Coralie se complaît. Son inquiétude est tempérée par sa découverte de l’amour, tantôt dans les bras de Soline, tantôt dans les bras de Thomas.

« Ce manège dura jusqu’à la fin du séjour avec la même intensité, délicieux chassé-croisé. Thomas était très sérieux ou plutôt appliqué. Avec Soline, c’était un jeu plutôt qu’autre chose […] Ce séjour me semblait une parenthèse enchantée, un monde à part, presque cloisonné. » (p.113)

Mais, lorsque les notes écrites de Coralie, prises au fur et à mesure des jours sur les occupants de la maison, tombent entre les mains de la mauvaise personne, elle devient une menace, l’élément à bannir, qu’importe que l’on doive mentir pour l’éloigner.

Alors, lorsque vingt-cinq ans après Coralie reçoit le faire-part de mariage de Soline, tout refait surface. Que s’est-il vraiment passé cet été-là ? Quelle est la véritable origine de l’étincelle qui a mis le feu au poudre en ce mois d’août 1993.

« Je sentais que tout cela était éphémère, ayant l’intuition que je ne revivrais jamais de tels moments, je n’en savourais que davantage chaque minute. Je n’étais pas dupe, ma chance était effroyable. Je devrais en payer le prix tôt ou tard. C’était un miracle de n’avoir pas été encore démasquée. Je jouais avec le feu. » (p.129)


L’Étincelle est un roman sublime, à la croisée du roman social et du roman d’apprentissage.Je l’ai vivement apprécié, le dévorant en même pas trois heures.

Roman social d’abord par la critique d’un certain monde et le décalage entre les classes sociales.

« Ils se disaient de gauche, et pourtant se plaignaient de payer trop d’impôts. Ils prônaient la mixité, tout en inscrivant leur progéniture, prunelle de leurs yeux, dans des écoles privées. Votaient Verts, consommaient bio et équitables dès qu’ils le pouvaient, alors qu’ils roulaient dans les premiers 4 x 4 européens, pour certains. (Ils étaient précurseurs dans beaucoup de domaines.) Sans parler d’Eva qui soutenait la cause animale, mais possédait un certain nombre de fourrures non synthétiques dans ses placards. » (p.155-156)

Roman initiatique ensuite à travers l’entrée dans le monde de Coralie et son initiation amoureuse.

« Je ne savais pas encore à quel point j’avais entamé ma mue, enlevant une à une toutes ces couches de poussière, de glaise et de givre, laissant enfin le sang et la lave bouillonner. En ébullition, je rayonnais, pensais que plus rien ne pourrait m’arrêter. » (p.151)

La narration se fait à la première personne, voix de Coralie vingt-cinq ans après cet été incandescent au cours duquel sa vie a basculé. Ce choix narratif permet un intéressant recul critique et un regard distancié dans un va-et-vient savamment orchestré.

L’Étincelle est un roman que je conseille vivement car brillant !


L’Étincelle, Karine REYSSET, éditions Flammarion, 2019, 216 pages, 18€.

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