A dévorer !

« Et les vivants autour », Barbara Abel : un échiquier familial redoutable

La famille Mercier pleure depuis quatre ans leur fille cadette Jeanne, plongée dans un profond coma à la suite d’un accident très grave. Quatre ans qu’elle ne bouge pas ; quatre ans que la famille se refuse à arrêter ce que certains pourraient considérer comme de l’acharnement thérapeutique ; quatre ans que chaque membre de la famille tente de contourner la place béante laissée par Jeanne sans jamais vraiment la combler.

Et les vivants autour

Ainsi, son mari, Jérôme, tente de percer dans le milieu du théâtre tout en s’astreignant à respecter le vœu de fidélité envers sa femme endormie ; Charlotte, la sœur ainée de Jeanne, a mis ses ambitions personnelles de côté pour seconder son compagnon dans la création de son restaurant et tenter de fonder une famille. Le patriarche, Gilbert, mène d’une main de fer son entreprise et ne supporte aucune entrave à son volonté ; sa femme, Micheline, coche toutes les cases de l’épouse bourgeoise soumise au bon vouloir de son mari.

Lorsque le professeur en charge de Jeanne convoque la famille Mercier, tous redoutent qu’on ne leur annonce la décision d’arrêter l’acharnement autour de Jeanne.

« Pour la première fois depuis quatre ans, l’interminable attente du réveil de Jeanne lui apparaît comme une impasse. » (p.70)

Pourtant, c’est une toute autre nouvelle dont leur médecin leur fait part et qui enclenche un dilemme moral pour chacun.

« Vous ne faites pas les choses à moitié, dans ta famille ! s’exclame-t-il enfin, ahuri. Pendant quatre ans, il ne se passe strictement rien, on a l’impression de végéter dans une salle d’attente oubliée de tous, et là, tout à coup… C’est… C’est dingue ! » (p.164)

Un échiquier stratégique se met donc en place. Jérôme, Charlotte, Gilbert et Micheline… tous ont des intérêts personnels à imposer leur propre choix. Seulement, cette guerre de position met à jour les contradictions de chacun, Jeanne y compris…

« Voilà quatre ans que l’ombre de sa sœur plane sur eux. Comme s’ils n’avaient plus le droit de vivre « pour de vrai » tant qu’elle-même était morte « pour de faux.

Peut-être faut-il affronter la mort en face pour permettre à la vie de s’imposer enfin ? » (p.104)

Au fur et à mesure du récit, les masques tombent, se changent, s’échangent… Barbara Abel crée une redoutable progression de la tension tout du long. Point besoin de recourir à des artifices du genre maintes fois utilisés : l’auteur parvient avec facilité à créer du suspens à partir du quotidien le plus pragmatique. Preuve qu’il ne faut parfois pas grand chose pour faire naître l’étincelle d’un récit aux dangereux tisons…

« Et si Jeanne se réveillait ? Et si elle racontait tout, la façon dont les choses se sont déroulées, dont les événements se sont enchaînés… » (p.284)

« Tous, ils lui ont fait du mal, d’une manière ou d’une autre. » (p.343)

C’est donc un excellent moment de lecture que je partage aujourd’hui et que je vous souhaite de découvrir.


Et les vivants autour, Barbara ABEL, éditions Belfond, 2020, 441 pages, 19€.

Un grand merci aux éditions Belfond pour l’envoi gracieux de ce très bon roman.

2 réflexions au sujet de “« Et les vivants autour », Barbara Abel : un échiquier familial redoutable”

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