A croquer

« Contre moi », Lynn Steger Strong : dualité de l’amour filial, entre attraction et opposition

Contre moiMaya et Stephen sont un couple de brillants universitaires, l’une spécialiste de Virginia Woolf, l’autre des philosophes allemands. Deux enfants sont nés de leur union : Elinor, dite Ellie, et Bennie. Seulement, Ellie est, à 16 ans, en butte contre l’autorité, en particulier de sa mère, et ses fréquentions sont douteuses, entre consommation de drogues, de mecs et déambulations paumées dans New-York.

Les relations entre Maya et Ellie se distendent progressivement et le pacte de confiance se brise un jour. Alors, Maya décide d’envoyer sa fille en Floride, chez son amie et ancienne élève Annie, afin qu’elle s’occupe du petit Jack, enfant surdoué de 5 ans. Mais Ellie peut-elle lutter contre ses propres démons, même loin de chez elle ?

« Si seulement elle pouvait rester à cinquante mètres des gens qu’elle aime, peut-être ne leur ferait-elle pas de mal, dans ce cas. Peut-être, dans ce cas, n’auraient-ils rien à craindre. » (p.239)

Intéressant récit sur la filiation, Contre moi évoque avant toute chose le rapport parents / enfants, que le lien soit fusionnel (Maya et Bennie, Annie et Jack) ou fragile (Maya et son père, Ellie et sa mère). Tout le roman de Lynn Steger Strong travaille sur l’ambivalence de la relation filiale, entre attraction et répulsion : c’est là que se joue l’enjeu de la préposition « contre » du titre, puisqu’elle peut autant suggérer la proximité que l’opposition, thématiques essentielles du texte, dans lequel la double polarité crée la tension narrative qui en fait un roman passionnant.

« Ellie sentit le cœur de sa mère qui cognait fort contre son dos. » (p.208)

Cette tension se retrouve également dans l’alternance temporelle, puisque les chapitres oscillent entre 2011, année où tout a basculé, et 2013. L’ellipse temporelle tend à diminuer au fur et à mesure des chapitres, créant toujours plus une progression vers le drame, une progression vers la rédemption.

« bien sûr, Maya veut le retour de sa fille, elle veut toujours avoir sa fille près d’elle, mais elle ne sait plus vraiment qui elle est, sa fille, elle ne sait pas ce qu’ils feraient, tous, si après tout ce temps, après tout ce qu’elle a fait, Ellie devait soudain réapparaître. » (p.53)

Le roman questionne enfin ce qu’est être une femme, à la fois mère, amante, amie : doit-on lutter contre les aspirations de l’une de ces facettes lorsqu’elles se heurtent à la morale bien-pensante ? Peut-on s’opposer à soi-même ?

« Elle était intraitable : elle avait besoin d’être quelqu’un, et pas seulement leur maman. » (p.139)

Contre moi est un récit qui fourmille de richesses. Une nouvelle fois, bonheur de lectrice à lire un roman publié par les délicieuses éditons Sonatine, que j’affectionne tant vous le savez.


Contre moi, Lynn STEGER STRONG, traduit de l’anglais (États-Unis) par Héloïse Esquié, éditions Sonatine, 2017, 297 pages, 20€.

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