A croquer

« La chronique des Bridgerton » – tome 1 « Daphné », Julia Quinn : « Gossip Austen »


Nous sommes en 1813, à Londres. La critique mondaine de la mystérieuse Lady Whistledown fait la pluie et le beau temps dans les demeures de ce que la noblesse anglaise compte de plus aristocratique. Ainsi, rien ne la réjouit plus que d’observer puis de rendre compte des affaires de cœur que les bals mondains de la « saison » peuvent offrir. Car, rappelons-le, à l’époque, seul compte l’enjeu de s’établir une fois l’entrée dans le monde faite.

« Le frère et la sœur laissèrent échapper un soupir de lassitude. A croire que rien ne viendrait détourner Violet Bridgerton de la mission qu’elle s’était assignée : traîner ses huit enfants devant l’autel, les uns après les autres ! » (p.45)

Or, le retour du duc de Hastings, après plus de six ans d’absence au cours desquelles il a voyagé tout autour du monde, fait se retourner toutes les têtes des demoiselles en quête de prétendant : riche à millions, physiquement parfait, intelligent, Simon est LE bon parti sur lequel mettre la main. Pourtant, ce dernier n’a nulle envie de se marier ni de fonder une famille. Oh, il n’est point insensible au charme des femmes, mais c’est décidé : il ne peut envisager de se caser. Mais pourquoi donc ? Son enfance l’expliquera…

Lorsqu’il fait par hasard la rencontre de la belle et innocente Daphné Bridgerton, son cœur vacille. Mais Daphné est la sœur de son meilleur ami Anthony, rencontré lors de leurs études, et celui-ci, l’aîné des huit enfants de Lady Bridgerton, veille jalousement sur l’honneur de Daphné. Pourtant, rien n’y fait : l’attraction entre les deux est la plus forte.

« Cependant, Simon avait beau répéter avec véhémence qu’il était rebelle au mariage, elle avait parfois surpris dans ses yeux une lueur étrange. Comme s’il éprouvait une du désir pour elle. » (p.179)

Le duc de Hastings peut-il revenir sur son vœu de célibat ? Daphné peut-elle le réconcilier avec son passé tourmenté ?

Entre convenances, freins personnels et désirs impérieux, difficile de laisser les sentiments s’épanouir…

Daphné

Disons-le de suite : si je me suis lancée dans la lecture du premier tome de la saga des Bridgerton, c’est pour avoir saisi que la chronique avait été adaptée (avec succès) sur Netflix. Or, me désintéressant quelque peu des sorties TV, j’ai préféré me faire un avis en lisant le livre. Soit… ma première romance ! De fait, on a là tous les archétypes des romances à succès qui envahissent les étals des libraires : une multiplication des clichés où l’hyperbole est reine (Simon est d’une beauté sculpturale ; les ébats amoureux conduisent forcément à la jouissance ; une femme a le pouvoir de dominer un homme ; un happy end prévisible…), les formules redondantes (combien de fois les personnages « éclatent »-ils de rire dans n’importe quelle circonstance ? cela en est déconcertant) et la thématique uniquement centrée autour du mariage.

« Il avait perçu sa présence avant qu’elle ait parlé. Elle s’était approchée dans son dos sans bruit, foulant l’herbe de ses bottines, mais il savait qu’elle était là. Son doux parfum parvenait jusqu’à lui, porté par les bourrasques qui chantaient dans ses cheveux. » (p.282)

Néanmoins, le récit reste plutôt plaisant à lire : la psychologie des personnages est fouillée, les dialogues sont vifs et acérés. On déplorera des répétitions tout du long, mais le travail de fond est loin d’être bâclé. De plus, Julia Quinn rend parfaitement compte des us et coutumes de la bonne société du XIXe siècle sans qu’il y ait de fâcheux anachronismes. Au final, la chronique des Bridgerton tient de Gossip Girl dans la forme (chaque chapitre démarre par la chronique de Lady Whistledown) et de Jane Austen pour les tracas sentimentaux des nobles têtes de ce monde.

Pour résumer, un moment de lecture agréable, mais qui ne m’incite pas pour autant à attaquer de suite le deuxième tome de la chronique, avec « Anthony ».


La chronique des Bridgerton, tome 1 « Daphné », Julia QUINN, traduit de l’anglais par Cécile Desthuillers, éditions J’ai lu, 2008 pour la traduction française, 2021 pour la présente édition, 387 pages, 14.90€ (les deux tomes).

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