
En choisissant ce trou perdu en bas d’une colline d’un comté reculé du Kansas, Meg, son bébé Cody dans ses bras, pensait vivre tranquille et fuir à un passé douloureux et tourmenté.
Pour seuls et uniques voisins, la famille Godfrey, incarnation parfaite des Ingalls à l’ère moderne : une mère tout entière dévolue aux besoins de sa nombreuse descendance et aux désirs absolus de son mari. Un sacerdoce assumé et fièrement revendiqué, qu’elle espère transmettre à ses cinq filles, son fils Alexander étant dispensé de ces tâches domestiques nombreuses parce que né mâle, forcément.
Pourtant, Ainsley, l’aînée, ne veut pas de cette vie qu’on lui impose. Douée d’un talent immense pour la peinture, elle rêve de fuir ce trou pour réinventer sa vie dans une grande ville. SarahBeth, sa mère, n’hésite pas une seconde : elle préfère sacrifier sa fille plutôt que de voir sa propre histoire familiale répéter les erreurs de son passé à elle. Mue par un antique sens du devoir familial, Ainsley met ses rêves de côté et chaque jour ploie sous les nombreux impératifs d’une vie domestique exigeante.
Aussi, lorsqu’une nouvelle voisine, en la personne de Meg, arrive près de chez eux, c’est une bouffée d’espoir pour la jeune fille : très vite, elles se lient d’amitié. Mais chacune tait des secrets, forcément pas avouables : la peur du jugement, du regard de l’autre.
« J’avais pris soin de cacher chaque fragment de mes anciennes vies – de mes anciennes versions de moi-même -, de les garder loin de nous, à un endroit où ils ne pouvaient pas nous causer de tort. » (p.67-68)
Pour SarahBeth, l’arrivée de Meg est à la fois providentielle et désastreuse : le charme de la voisine peut-il faire courir un risque à son couple ?
« Les enjeux pour ma famille étaient trop nombreux : il fallait que je découvre qui exactement habitait si près de chez nous. » (p.107)
Meg perçoit au fil des mois chez les Godfrey des regards, des sourires ou des silences qui la mettent mal à l’aise : et si sous le vernis de la famille champêtre idyllique se cachaient les plus abjects desseins, qu’ils soient passés, présents ou futurs ?
« S’il fallait encore un voire deux sacrifices sur cet autel, eh bien, qu’il en soit ainsi. » (p.362)
Redoutable page-turner que ce roman de Lyndee Walker, le premier de sa longue carrière à être publié en France. De fait, l’enchaînement de courts chapitres menés par les voix narratives de Meg, Ainsley et SarahBeth et une chronologie morcelée mais signifiante insufflent une intensité dramatique à la tension grandissante du récit.
Si l’on peut associer le roman aux thrillers domestiques en vogue (mon plaisir coupable assumé mais néanmoins sélectif), il intègre une réflexion sur le concept très actuel des tradwives (attention, prochaine chronique sur ce thème !) et questionne la maternité : la bonne mère est-elle forcément biologique ? Peut-on décemment déposséder une « mauvaise » mère de son enfant ? A quels extrémités le désir d’enfant peut-il conduire ? A quels impératifs familiaux se soumet-on et auxquels peut-on réellement échapper ? La filiation est ainsi au cœur du récit, questionnée, largement malmenée mais aussi (heureusement) célébrée.
Ma voisine, Lyndee WALKER, traduit de l’anglais (États-Unis) par Caroline Bouet, éditions LES ESCALES, 2026, 391 pages, 21.90€.

Oh, je sens bien qu’il va me plaire ce page-turner ! Toute l’hypocrisie dans la famille et les relations de voisinage…
Merci beaucoup pour cette découverte.
Bonnes lectures au frais si possible !🌞🌞
J’aimeJ’aime