« Mémoire d’elles », T. Greenwood

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L’amour saphique aux États-Unis dans les années 60 : autant dire que le sujet était tabou à l’époque, mais Greenwood narre avec brio l’amour interdit entre Billie et Eva, deux femmes au foyer prisonnières chacune d’un époux machiste et violent.

La découverte de l’amour est progressif : la timide et réservée Billie devient tout d’abord amie avec sa nouvelle voisine, la jolie Eva. L’amitié est renforcée par celle de leurs enfants respectifs. La relation entre les deux femmes devient peu à peu fusionnelle, jusqu’à céder le pas à la passion charnelle lors d’un séjour annuel au lac, repère familial de la famille de Billie.

Mais cet amour est interdit : il est donc impératif pour Billie et Eva de se cacher. Cela leur est d’autant plus facile que les deux femmes sont littéralement prisonnières de leur intérieur, les époux prenant la voiture pour aller travailler. Mais le risque de révélation vient des enfants : c’est ainsi Johnny qui, témoin d’une scène d’amour entre Billie et Eva, révèle tout à son père.

Les conséquences sont alors dramatiques : interdiction de se revoir, déménagement… Tout est fait pour séparer Billie et Eva l’une de l’autre, pour repousser le spectre de ce qui est perçu à l’époque comme une « anormalité ».

Cependant, les deux héroïnes tentent de braver ces multiples interdits.Jusqu’au drame final… jusqu’au semblant drame final…

Ce récit m’a captivée au plus haut point. La narration évite – heureusement – tout cliché propre à la relation entre les deux femmes, et la pudeur est de mise. De plus, le lecteur se trouve happé par la double narration : celle de Billie dans les années 60, et celle de Billie dans les années 2000, au moment où elle s’apprête à retrouver son passé. Les deux temporalités se rejoignent habilement en un point d’orgue inattendu.

Belle et agréable lecture, que je conseille vivement.

Mémoire d’elles, T. Greeenwood, Éditions Bragelonne-Milady, 2014, 571 pages, 8.20 €.

 

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