Parce que ma découverte de la littérature de Colleen Hoover est plus que tardive (wake up girl !), je m’abstiendrai d’une chronique fouillée telle que vous en avez l’habitude parce que sans doute tout a été dit sur le livre qui a peut-être été celui à lancer le genre de la new romance.

Aussi, j’ai (vraiment) tenté de ne pas m’hérisser par la description tout en hyperboles du protagoniste masculin sculpturalement beau, aux yeux bleus, dieu du s*** et forcément neurochirurgien. J’ai (vainement) essayé de ne pas soupirer du caractère improbable de sa sœur, nantie qui n’a pas besoin de travailler, offrir ses services gratuits à l’héroïne pour s’occuper et, comme par hasard, être d’une efficacité que même les Cleaners de TFX ne sauraient égaler… Ce sont là les clichés (les dérives ?) du genre, passons, je pourrais devenir désagréable.
Cependant, j’ai honnêtement, sincèrement, profondément aimé le discours tenu sur les violences faites aux femmes : les traumas de l’enfance, l’adulte aimant que l’on devient et que l’on construit sur les ruines possibles de notre vie, avec le risque possible de, acteur, reproduire inconsciemment les faits dont on a été spectateur.
Aussi, Lily Bloom expérimente-t-elle ses propres contradictions : elle a haï ce père violent qui a longtemps abusé de sa mère. Jamais la jeune femme n’a compris pourquoi celle-ci ne le quittait pas : comment peut-on continuer à vivre dans l’enfer de la peur, des coups, des brimades et des humiliations ? Mais quand à son tour Lily devient la victime de celui qu’elle pensait être son prince charmant, alors elle comprend : l’amour est le plus fort et excuse bien des choses. Bien évidemment que la peur et l’envie de partir sont là, mais ils co-existent avec tous les autres moments heureux qui ont scellé l’histoire.
« Sans doute car le foyer dans lequel j’évolue ne me donne pas un exemple très tentant de la façon dont un homme devrait traiter sa compagne ; si bien que, jusqu’ici, je ne croyais pas beaucoup aux bonnes relations avec les autres. Je ne savais pas si je ferais un jour confiance à un garçon. La plupart du temps, je déteste les hommes car l’exemple que m’en donne mon père n’a rien de séduisant. » (p.182)
Aussi, Jamais plus est l’histoire universelle d’un dilemme auquel de trop nombreuses femmes sont confrontées. Et, hélas et dramatiquement trop souvent, la mort intervient avant qu’une quelconque réponse ne soit donnée. Or, le mérite de ce livre est d’oser en proposer une, dans des déchirements inattendus et finalement (et heureusement) dépourvus des clichés que l’on aurait pu redouter. L’analyse des mécanismes de l’emprise et du cycle de la violence conjugale se révèle être fine, pertinente, édifiante…
« Mais ce n’est pas une excuse. Juste la réalité. » (p.293) « Ce n’est pas parce que quelqu’un vous blesse que vous cessez de l’aimer. Ce ne sont pas ses actes qui vous font le plus souffrir. Mais l’amour. S’il n’y avait aucun amour relié à ses actes, la douleur serait un peu plus facile à supporter. » (p.384)
S’il faut en passer par la littérature dédaigneusement qualifiée de « populaire » pour dénoncer le sort de trop nombreuses femmes, alors que nous lecteurs sachions accorder le mérite de l’engagement réel de ces textes pour justement et efficacement toucher le plus grand nombre : la « popularité » a cette vertu-là, accordons-la-lui humblement.
Jamais plus, Colleen HOOVER, traduit de l’américain par Pauline Vidal, éditions HUGO, 2018, 445 pages, 7.60€.
