« Zoé à Bercy » : la plume acerbe de Mme Shepard a encore et justement frappé…

Flashback 1 : j’avais adoré Absolument dé-bor-dée, journal professionnel dans lequel Zoé consignait avec ironie son quotidien sous l’égide du Don, l’incompétent maire d’une ville, et entourée de ses sbires non moins fats et vains. Livre offert une dizaine de fois, jamais je n’avais autant ri en lisant de truculents moments.

Flashback 2 : je m’étais précipitée sur la suite, Ta carrière est fi-nie, qui relatait les conséquences fâcheuses (Zoé avait été limogée) de son premier écrit acerbe. Si le portrait au vitriol de l’administration publique avait amusé les lecteurs, il avait scandalisé les concernés. Je n’avais lu que quelques pages de ce deuxième roman : moins vif, moins percutant, je m’étais lassée.

Et voilà qu’en flânant en librairie je tombe sur la version poche du troisième tome des aventures de Zoé, cette fois-ci propulsée dans un ministère – celui des finances de Bercy. Ou comment obtenir un point de vue (différent ?) d’un plus haut promontoire.

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Zoé se retrouve chargée de rédiger des notes ayant trait au budget. Entourée d’une équipe plutôt solide, elle y fait prouve ses compétences.

Mais ce tableau enfin idyllique se meut en tragi-comédie lorsque le Don se retrouve nommé secrétaire d’État au budget, suite à une campagne présidentielle des plus efficaces. Une calamité annoncée… et redoublée par l’arrivée de Coralie « Coconne », l’inénarrable secrétaire cruche dont Zoé se retrouve affublée :

– Coralie ? Coralie Montaigne ? Mais qu’est-ce que vous faites là ?

– Zoé ! Ça fait drôlement longtemps ! Eh bien, on peut dire que vous tombez à pic ! Vous allez pouvoir me renseigner, je cherche Shakira. J’ai lu dans Closer qu’elle était en répétition, donc j’aurais voulu la rencontrer.

– Mais qu’est-ce que Shakira pourrait bien faire ici ? Elle ne paie même pas ses impôts en France !

– On est à Bercy, non ? Je viens juste d’y être détachée, donc je voudrais la voir. (p.21)

Très vite, Zoé et son équipe pointent du doigt l’évidence : l’incompétence du Don est proportionnelle à son narcissisme, c’est-à-dire énorme. Ils n’auront alors de cesse que de corriger, parfois dans l’urgence, les bourdes inconséquentes de « MonMaire », dixit Coconne.

Au-delà de ce focus sur l’administration publique et ministérielle, Zoé consacre un certain nombre de pages à sa vie « off », c’est-à-dire celle de maman de jumeaux divorcée, tentant de mener à bien sa mission parentale. Mais c’est sans compter la tyrannie exercée avec fiel par sa sœur Elise et Marielle, une maman d’élève, pour prouver à Zoé ce qu’est être une mère 2.0 : une surprotection de l’enfant doublée d’une saturation de son emploi du temps pour en faire un génie.

A travers ce troisième opus, Zoé tire donc à boulet rouge sur deux choses : la narcissique langue de bois politique (ou comment user des mots pour cacher une réalité – le déficit abyssal du budget français – pas vraiment reluisante) ainsi que la course parentale délirante à l’excellence et la performance de l’enfant. C’est bien vu, bien troussé. De quoi sourire, mais peut-être pas rire. N’empêche, c’est suffisamment caustique pour se laisser lire.

Zoé à Bercy, Zoé SHEPARD, éditions Points, 2015, 270 pages, 7.30€.

 

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