« La Conseillère », Stéphanie Tisserond : radiographie mordante et satirique de la politique

Virginie ouvre une nouvelle page de sa vie : elle, la fille de modestes et braves provinciaux, a obtenu un poste de conseillère en communication auprès du ministre du Vivre Ensemble.

« Quelle drôle d’idée d’accepter de faire partie de l’équipe du ministre du Vivre Ensemble, quand plus personne ne supporte son voisin. » (p.10)

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La frénésie des débuts lui fait augurer une carrière flamboyante : n’est-elle pas là pour participer à l’ambitieuse remise sur pied d’une France vacillante ?

Mue par ce noble objectif, Virginie découvre le fonctionnement de l’hôtel particulier du VIIe arrondissement de Paris : ruche bourdonnante et servile œuvrant au maintien du ministre.

Vous vous en douterez, les anecdotes savoureuses abondent dans ce riche petit récit : l’huissier immuable qui voit défiler les ministres et ses sbires selon les remaniements politiques, les énarques ambitieux et fielleux, la secrétaire qui peine à mémoriser le prénom de la nouvelle conseillère en communication, les gaffes du ministre et les aberrations protocolaires lors des déplacements officiels, vaste mascarade entièrement basée (ou presque) sur l’apparat.

« La voiture du ministre a fait l’aller-retour pour aller chercher le toutou. » (p.85)

Autant dire que l’on se délecte de tous ces moments. Notons que l’utilisation du « tu » permet empathie avec la protagoniste mais aussi mise à distance ironique délectable.

« Ton ministre aussi déteste les Parisiens. Alors que Bob et lui, ils vont sur le terrain. Tous les weekends.

A la fête aux sardines ; à la compétition de lancer de châtaignes à main nue (une tradition locale assez idiote, vu le piquant des bogues) ; à l’anniversaire de Paulette, 106 ans, la doyenne de la maison de retraite ; au spectacle de flûte des CM2 du groupe scolaire Georges-Brassens ; au concours de belote en braille du Centre communal d’action sociale ; à la grande braderie du centre-ville ; à l’enterrement de Paulette, 106 ans et 2 jours. » (p.91)

Au final, La Conseillère rappelle, avec une plume qui tient du joli talent de conteuse, que les arcanes du pouvoir sont principalement basées sur l’art de la parole : gare aux mots qui échappent sans être couverts par le « off« , oui au verbiage pompeux  et aux mots clés brassés à l’envi, pourvu que les Français retiennent l’image d’un ministre affairé et appliqué. Du vent ? Dans tous les cas, le récit évoque cette peur qui tenaille chacun des proches du ministre d’être balayés par un coup de vent venu de Matignon sans forcément crier gare.

« Que faire d’autre ? Continuer à travailler ? Pour quoi faire, si ton ministre n’est plus dans le prochain gouvernement ? Ou si le prochain Premier ministre ne veut pas de ton projet de loi ? Ou s’il le veut, mais pas maintenant, plus tard, car ce n’est pas la priorité du moment ? » (p.146-147)

Sans doute retiendrai-je de ce charmant petit texte que la volonté politique de bien faire est là, évidente, mais qu’entre l’immobilisme des institutions, la lenteur des démarches et la possibilité d’être évincé(s) du jour au lendemain, difficile de faire bouger la France de son inertie.

« Tu soupires. A quoi tout cela rime-t-il ?

Ta mère a raison, tu serais peut-être plus utile ailleurs. Pourtant, votre projet de loi améliorera la situation de milliers de personnes, tu en es convaincue. Mais qui le sait ? » (p.89)

Entre satire politique et plaidoyer, peut-être, pour plus de clémence envers ses acteurs, La Conseillère est un petit morceau littéraire que je vous souhaite de savourer !


La Conseillère, Stéphanie TISSEROND, éditions Héliopoles, 2019, 156 pages, 15€.

2 commentaires sur “« La Conseillère », Stéphanie Tisserond : radiographie mordante et satirique de la politique

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  1. Merci, chère bibliophile nantaise, de cette chronique ! Vous avez très bien compris mon intention.
    Comme j’ai été (il y a fort longtemps) étudiante à Nantes -hypokhâgne et khâgne au lycée Guist’hau- j’en profite pour vous glisser un petit message : je serais ravie d’un échange avec vous et d’autres lecteurs à la librairie Durance, si vous le souhaitez 😉
    bien cordialement,
    Stéphanie Tisserond

    Aimé par 1 personne

    1. Chère Stéphanie, mais quel heureux hasard ! J’ai moi-même fait une année d’hypokhâgne à Guist’Hau ! Alors là… Je serais heureuse de vous rencontrer, vraiment ! Y a-t-il un rdv déjà prévu ? Si non, sera-t-il organisé ? Oh la la, je m’en réjouis par avance si cela est possible ! Et je vous remercie de votre avis élogieux sur ma chronique. A bientôt je l’espère. Laurence / Mes p’tits lus

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