« La femme qui ment », Hervé Bel : magnifique roman, sans mentir !

A 43 ans, Sophie Mégnier a, selon nos critères actuels, un bon poste au sein de la Worldwide, une société de communication située au cœur de la Défense. Elle gagne bien sa vie, et permet de maintenir un bon train de vie au couple qu’elle forme avec Alain, son mari de dix ans son aîné, professeur agrégé de Lettres. Toutes les apparences d’un bonheur banal, somme toute…

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Cependant, cette banalité possiblement heureuse ne l’est pas : Sophie s’étiole. Professionnellement, elle ne parvient pas à honorer les exigences des clients en intégrant les nouvelles technologies. La mise au placard guette… Au sein de son couple, l’amour ne suffit plus à Sophie pour oublier la place vacante laissée par un enfant qui n’est jamais venu agrandir le ménage de Sophie et d’Alain. Elle étouffe : le carcan professionnel l’éteint d’une angoisse quotidienne, tout comme les étreintes amoureuses ne suffisent plus à la contenter.

Alors, pour échapper à la pression patronale et redonner un élan à son couple, Sophie a l’idée de mentir à son supérieur hiérarchique direct, puis à Alain : elle est enceinte. L’effet est immédiat : la chape de plomb se desserre de quelques centimètres et Sophie peut jouir d’un certain sursis. Et puis, il sera facile d’effacer ce mensonge en informant plus tard d’une fausse couche. Seulement, un mensonge peut être la conséquence – différée dans le temps – de mensonges antérieurs dont elle-même aurait été la dupe…

Le roman, fort bien écrit (heureuse de découvrir l’écrivain Hervé Bel), est riche dans les thématiques qu’il aborde : c’est tout d’abord l’anatomie d’un couple (peut-on s’aimer sans enfant ? peut-on pardonner le mensonge lorsque celui-ci peut s’avérer être vital ?) ; c’est aussi la description (et la dénonciation) grise, morose, sombre, du monde du travail à la Défense, où l’intérêt individuel est gommé dès que l’intérêt de l’entreprise est en jeu. Avec la clé burn-out ou mise au placard. Notons également le savant jeu de passe-passe d’un passage à l’autre des points de vue narratifs : au « je » de Sophie succède le « elle » d’un narrateur omniscient, afin de mettre à distance (ou en perspective) les moments clés du récit.

Sans mentir, belle réussite !

La femme qui ment, Hervé Bel, Ed. Les Escales, 2017, 238 pages, 17€.

 

 

 

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