« Nino dans la nuit », Capucine et Simon Johannin : la fureur de vivre, entre enfer réel et paradis artificiel

Nino Paradis a vingt ans. Alors que son père le croit étudiant à Paris, Nino vit et survit dans l’enfer de la ville et de sa nuit, de petits jobs épisodiques en moments de défonce mythiques.

« – Il y peut rien mon daron, il sait même pas tout ça, il croit que ça roule, que je m’éclate dans une école et que je pourrai faire un truc qui me plaît vraiment.

– Pourquoi tu lui dis pas, il pourrait t’aider non ?

– Parce que je veux pas qu’il sache, il s’est cassé le cul pour moi et je veux pas qu’il pense que ça mène à rien, qu’il voie comment je me démerde pour tout ruiner.  » (p.103)

Nino dans la nuit.jpg

A ses côtés, la douce et mystérieuse Lale, amoureuse muse, canalise les ardeurs de Nino, tête-brûlée ne craignant rien ni personne, ne respectant rien ni personne. Seul Malik, ami d’enfance et figure emblématique des nuits folles et déjantées, parvient à avoir de l’emprise sur l’impétueux Nino.

« J’aime trop ce mec, je dis même pas merci parce qu’il est suffisamment fort pour m’entendre le penser.  » (p.101)

Vie de galère, logés dans un taudis de misère.

Vie de galère, faite de rapines dans les supérettes.

Vie de galère, au bon vouloir des agences d’intérimaires.

« Alors quand mes paupières se ferment plusieurs fois sous ta main, j’adresse aux astres une lettre qui dicte l’alignement souhaité pour tous les jours qui viennent. Monnaie, monnaie, monnaie. Avant de sombrer dans un monde où tout est possible, et qui demain encore fera le réveil triste. » (p.108)

Et vogue la galère, de petits jobs humiliants au cours desquels il faut ravaler son orgueil en pérégrinations dangereuses de mulet d’une capitale à l’autre.

Nino, Lale et Malik parviennent à se détacher du réel et du sordide quotidien en sombrant dans les paradis artificiels : trêves intenses de transe au cours desquelles les drogues deviennent salvatrices. L’enfer des corps qui se mélangent se double du paradis de la transgression.

« Plus tard ma tête brille de mille éclats trempés par les gouttes qui perlent de mon corps et se font mettre profond par les rayons des lasers. La lumière me cloue le cœur au son et me presse le sang dans l’étau de la foule.

Tous lâchés comme on lâche la bête, on joue la partition censée fissurer le sol, faire pousser le volcan, s’ouvrir le cénote où les crocos nagent en attendant qu’on saute, poussés par personne et joyeusement sacrifiés.  » (p.127)

« Je suis tellement loin de moi que je sais pas si ce qui touche mon corps est humain ou si c’est juste le sol qui me ramasse quand je tombe puisque tout bouge.  » (p.129)

Alors l’impulsivité de Nino s’apaise un peu. Mais pour combien de temps ? Y a-t-il une limite à la survie ?


Nino dans la nuit est un parcours : parcours de vie, parcours d’une ville, court parcours d’une survie. Une déambulation underground auprès des laissés-pour-compte rythmée par le phrasé nerveux de la narration, assumée par Nino, quitte à ignorer la négation et le français policé habituellement de rigueur.

Difficile pourtant d’adhérer à ce destin d’un an puisque Nino laisse peu de prise sur lui, lui qui est sous l’emprise de l’amour et de la drogue : une esquive incessante, pas d’instants de repos et une ligne de conduite de vie remise en question après chaque épisode de défonce. L’empathie peine à décoller : elle affleure pourtant, et souvent. Nino Paradis est un feu follet incandescent, une figure littéraire qu’on n’oublie pas, mue par la fureur de vivre, quitte à vivre trop, ou mal, ou imparfaitement.

« Je vois jeunesse qui brûle au lieu de bronzer, qui cherche la vérité au sommet de la montagne des mensonges. » (p.276)


Nino dans la nuit, Capucine et Simon JOHANNIN, éditions ALLIA, 2019, 279 pages, 14€.

 

 

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