« Bienvenue au motel des pins perdus », Katarina Bivald : ne m’en voulez pas de passer ma route et de ne pas m’y arrêter

Vous l’aurez compris, et je vous prie sincèrement de ne pas m’en vouloir, ce nouveau roman de Katarina Bivald, en bonne place dans toutes les librairies depuis sa sortie, n’a pas retenu mon attention. Mais alors pas du tout.

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Bien sûr, je pourrais vous dire que les personnages – une bande d’amis – sont attachants : ils le sont réellement. On est charmé par cette petite bourgade de Pine Creek, aux Etats-Unis, tellement « couleur locale » avec des habitants qui n’ont presque pas changé depuis des décennies.

Hélas, je ne parviens pas, mais alors pas du tout, à passer outre l’absence de crédibilité du récit. Jugez-en : Henny gère, avec son amie de toujours MacKenzie, le motel des pins perdus. Or, alors qu’elle vient de passer la nuit dans un des petits bungalows du motel avec son amour de jeunesse, Michael, de retour d’un long périple professionnel, Henny est brutalement fauchée au petit matin par un camion. Elle meurt sur le coup. Jusque-là, me direz-vous, rien d’autre que du dramatique. Mais l’esprit d’Henny est encore en vie ! Henny est devenue un fantôme ! Alors, elle peut allègrement passer d’un ami à l’autre, d’un proche à un autre : les observer, suivre leurs conversations, mais surtout tenter de s’immiscer dans leurs conversations, tenter de leur hurler des choses ou de les raisonner. Drôlement crédible lorsque l’on sait que c’est un fantôme.

« Je prends Derek en filature comme une pro. Sur plusieurs pâtés de maisons, je fais semblant d’admirer les vitrines, emprunte des ruelles détournées, me cache derrière d’autres piétons ou marche dans son dos d’un air nonchalant. » (p.295)

J’avoue avoir ressenti un certain agacement à travers ce personnage-spectateur qui essaie, de manière vaine et sans susciter une quelconque empathie, de rester présente auprès des siens.

Comme un fait exprès, alors que l’objectif dans le roman devient celui de redynamiser le motel, les proches d’Henny – son père, la belle-sœur de Michael, Paul le chauffeur qui ne se remet pas d’avoir tué Henny – se délocalisent réellement pour venir vivre au motel, le temps de retrouver… un certain équilibre. Il y a de ces hasards… Tout ce petit monde, cette « ribambelle de personnages excentriques » (p.504) cohabitent tant bien que mal et, forcément, des liens se créent.

Ajoutons à cela que l’ami d’enfance de Michael, MacKenzie et Henny revient au motel… transformé en femme. Transgenre, il est devenu Camila. Et ça tombe bien, car MacKenzie est lesbienne donc on attend forcément le rapprochement (c’est un roman feel-good, même si je ne veux rien dire de la suite, vous la devinez). Et le roman de faire – louable attention – l’apologie de la différence et donc de la tolérance. Tellement tendance…

L’ensemble est gentil, absolument prévisible mais, indéniablement, c’est un roman qui peut faire du bien. Il délivre en effet un certain nombre de messages qu’il est sans doute bon de rappeler, tout usités qu’ils soient : la mort n’est-elle pas cette épreuve qui peut parvenir à ressouder autour de soi ceux qui étaient partis ? Ne faudrait-il pas dire à nos proches qu’on les aime, sachant que l’on peut être fauché à tout moment ? Bienvenue au motel des pins perdus plaide de toute évidence en faveur d’un Carpe Diem décomplexé.

« Nous avons été séparés par un univers rude et impitoyable, mais nous sommes désormais réunis grâce à moi. C’est certainement pour cette raison que je suis encore là. J’ai enfin trouvé mon objectif : je dois les rendre heureux à nouveau. » (p.216)

On déplorera les discours fourre-tout, tenus par le fantôme d’Henny, pour dispenser ces louables messages. Mais la poésie affleure, ponctuellement : bouffée d’oxygène appréciable.

« Renoncer à une personne que l’on ne peut pas avoir devrait être la chose la plus facile au monde. J’imagine que c’est un peu comme mourir. Quand on a souffert pendant si longtemps, on comprend que ça ne vaut plus la peine de s’accrocher et on… laisse tomber. On ferme les yeux, on cesse de respirer, on tourne la page et on est libre. Sauf que je ne suis pas très douée pour mourir, non plus. » (p.476)

Ce genre de romans n’est définitivement pas mon créneau de prédilection. Je suis ravie à l’idée que d’autres lecteurs – nombreux – se régalent de ces sympathiques pages : il en faut pour tous les goûts !

Trop sympathiques à mon goût, trop de clichés et de véritable profondeur. Dommage…


Bienvenue au motel des pins perdus, Katarina BIVALD, traduit du suédois par Lucas Messmer, éditions Denoël, 2019, 565 pages, 21.90€.  

Je remercie chaleureusement les éditions Denoël pour leur gracieux envoi du roman en service presse et, auparavant, de l’épreuve non corrigée du récit.

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