A dévorer !

« Quatre amours », Cristina Comencini : « Et tout le monde parle du désir d’aimer et d’être aimé, mais personne ne sait plus vraiment ce que cela signifie. »

Quatre amoursAndrea et Marta, Laura et Piero : quatre amis qui se sont rencontrés il y a longtemps sur un bateau et qui sont devenus deux couples. Chacun a fondé une famille. Les enfants sont maintenant grands, et Laura et Piero s’apprêtent même à devenir grands-parents.

Pourtant, à presque soixante ans, chaque couple vient tout juste d’éclater, comme si un mimétisme marital inversé s’était opéré.

« C’est drôle cette situation à quatre, symétrique. C’est un hasard, évidemment, pourtant on dirait qu’il y a un sens que je n’arrive pas encore à comprendre. Mais tout n’a pas un sens… Il est peut-être inutile de le chercher. » (p.90)

D’un côté, Marta a quitté Andrea du jour au lendemain. Or, elle s’était promis de ne pas faire comme son propre père, qui a abandonné le foyer familial pour ne plus jamais donner de nouvelles alors qu’elle n’avait que douze ans. L’envie d’être seule, une indicible angoisse, le sentiment d’étouffer… autant de confuses motivations pour expliquer la rupture.

« Oui, bien sûr, on se connaît bien, on a une longue histoire, les enfants, mais ça n’empêche pas que ce soit compliqué de vivre ensemble après tant d’années. » (p.54)

Piero, de son côté, est un Don Juan invétéré. Il quitte Laura, préférant les bras de femmes aux antipodes de la vocation maternelle que Laura a empoignée à pleines mains. Mais, ironie du sort, sa dernière maîtresse en date est enceinte. Quitter la mère de ses enfants pour écoper d’une nouvelle paternité fait réfléchir Piero, avec raison. Laura, quant à elle, affronte la rupture et une tumeur au sein.


Quatre amours est le récit de la désagrégation des couples amoureux au sein d’un quatuor : une réflexion sur ceux qui partent et sur ceux qui restent. Il est intéressant (et troublant) de noter que le thème de la rupture est envisagé sur le tard alors que chacun des deux couples a déjà bien vécu et éprouvé les principales épreuves de la vie à deux.

« J’ai pensé que nous aussi sommes faits de morceaux qui cohabitent plus ou moins bien et il peut arriver qu’une partie de nous prenne le dessus. » (p.171)

Choix imposé ou choix subi, quel avenir pour Andrea, Marta, Piero et Laura ? Les aspirations de chacun sont-elles irréconciliables ? Crise conjugale passagère ou rupture irrévocable : quels possibles peuvent encore demeurer ? Aimer à nouveau ? Aimer de nouveau ?

« Notre monde est fait de séparations, d’individus libres et seuls. Il le sera de plus en plus. On restera peut-être ensemble le temps d’élever la couvée, comme certains couples d’animaux, et puis tout le monde prendra le large, croisant de temps en temps un autre nageur, on s’arrêtera brièvement pour se reposer sur une île et recommencer ensuite à fendre les flots, absorbé dans des pensées solitaires, interrompues par des messages silencieux et de rares coups de fil, les voix se seront tues.

L’essentiel est de ne pas avoir une seule vie, ne pas fermer les yeux dans l’idée d’une ligne continue : une histoire début à la fin, c’est la mort. » (p.19-20)

La polyphonie du roman permet de confronter les points de vue et les perceptions sur chaque relation : chaque voix éclaire un passé commun, un présent troublé et un futur incertain. Souvent, la désillusion (apaisée) semble reine dans le récit…

« Il n’y a rien de plus incongru et antimoderne qu’aimer une seule personne toute sa vie. » (p.133)

Une certitude pourtant : le dialogue et la communication prévalent. Alors tant mieux, il reste un peu d’espoir…


Quatre amours, Cristina COMENCINI, traduit de l’italien par Dominique Vittoz, éditions Stock, collection La Cosmopolite, 2020, 220 pages, 20€.

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