A dévorer !

« Trahie », Karin Alvtegen : tel(le) est pris(e)…

Eva pensait que tout allait bien pour elle et sa petite famille. Certes, son mari Henrik se montrait un peu plus distant avec elle ces derniers temps, mais entre son travail, les responsabilités domestiques pour lesquelles elle fait preuve d’un allant qui arrange bien son époux, et leur petit Axel, six ans, Eva ne chôme pas.

Alors, lorsqu’un soir elle se décide à confronter son mari à son mutisme et sa distance, le couperet tombe : Henrik ne voit pas vraiment d’avenir avec Eva. Pour elle, c’est le coup de massue. Mais, en cherchant à mieux comprendre cette sentence, elle découvre que Henrik a une maîtresse et que son désir de fuir est surtout motivé par la perspective de vivre autre chose, peut-être plus fusionnel, avec une autre femme.

« Comment en étaient-ils arrivés là ? De quand datait le moment de rupture ? Pourquoi ne lui avait-il rien dit ? Cela avait bien marché entre eux, elle devait donc chercher un moyen de lui faire comprendre que cela n’était pas fini, qu’il ne fallait pas abandonner la partie. » (p.17)

Trahie, Eva accuse le coup mais ne flanche pas tout à fait : elle fomente sans raisonner un filet pour acculer Henrik et sa maîtresse.

« La colère s’empara d’elle. L’envie de frapper, de blesser, d’anéantir. De rendre coup pour coup. De rétablir l’équilibre. Elle détestait cette faiblesse qu’il venait de créer en elle. » (p.68-69)

Elle s’octroie aussi une aventure d’un soir, sans penser plus loin, mais bien mal lui en prend : son amant d’une nuit, Jonas, est un jeune homme au passé familial tourmenté, hanté par un père adultère et une mère qui l’a renié pour avoir couvert les mensonges paternels. Depuis, sa quête de l’amour, biaisée par des crises de maniaquerie sans nom, est un piège pour qui y céderait…

« Il désirait tant de choses. Enfin possibles, et il était obligé d’attendre. C’était un véritable supplice. » (p.148)

« Il y avait quelque chose de détraqué chez lui, mais elle ne parvenait pas à se rendre compte s’il était dangereux et si elle devait avoir peur de lui. » (p.289)

Si Eva est bien, en premier lieu, la première trahie, le motif de la trahison est omniprésent dans ce roman diabolique à souhait. Il est intéressant de considérer que les mêmes événements sont perçus alternativement par les différents personnages. Il est jouissif de saisir les moments où l’un d’entre eux est dépossédé de sa marge de manœuvre pour être à son tour manipulé.

« Elle avait mis la machine en branle. Elle ne savait pas trop quand elle désirait qu’elle s’arrête mais cela lui était parfaitement indifférent. Tout était fichu, de toute fan. Son seul but était de se venger du mal qu’on lui avait fait. De punir. » (p.161-162)

Nous, lecteurs, somme sur le fil, guettant l’issue de la vengeance d’Eva et frémissant du propre filet qui se resserre autour d’elle.

« Son existence paisible devenait soudain un piège. A quoi pouvait-elle se raccrocher ? A quoi se fier ? » (p.89)

Au final, un coup de maître littéraire pour manier des topoï certes usités (le couple, l’adultère…) mais efficacement traités. Un régal !


Trahie, Karin ALVTEGEN, traduit du suédois par Maurice Etienne, éditions PLON pour la traduction française en 2005, éditions POINTS en 2007 pour la présente version poche, 310 pages, 7.70€.

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