
Fan de la première heure de Fabrice Caro, je me régalais de découvrir ce 1er octobre 2026 son nouveau récit, au titre nominal savamment mystérieux, peut-être prometteur d’un dépaysement certain.
Et bien de dépaysement il n’y eut point : Fabrice Caro use et abuse de la trame narrative et stylistique qui le distinguent et scellent un succès mérité… mais au final répétitif. Jugez-en : un personnage masculin narrateur de son propre récit, un monsieur tout-le-monde… quoique pas tant que cela puisque Émilien Borie, le protagoniste, est un écrivain connu sans non plus être l’auteur de best-sellers. Pour la sortie de son nouveau roman, Émilien s’est vu qualifier de « petit poussif » et il peine à digérer la saillie mordante du critique qui l’a démonté. A cette amertume s’ajoute celle de devoir feindre l’étonnement alors que ses filles chéries lui préparent un anniversaire surprise dont il a eu vent par les confidences, toujours bien placées, de son ex-femme. A la clé : un vélo d’appartement dont il se passerait bien : après tout, à cinquante-cinq ans, il n’a rien d’un pensionnaire d’EPHAD, non ?
Sauf que chez Fabrice Caro, tout s’enchaîne tel un jeu de dominos, et le protagoniste de jongler avec toutes les pièces : les infimes détails du quotidien, souvent matériels, deviennent pièces maîtresses d’un grand chambardement narratif qui éprouve (voire essore) le héros, qui n’a de flamboyant que la répartie, savoureuse, de ses pensées.
« mon cauchemar se résumait finalement à une simple personne » (p.176)
Alors ajoutez à cette trame initiale un selfie avec un ancien ami de collège point de départ d’un terrible malentendu à l’échelle nationale, des circassiens venus coloniser son salon, un ancien flirt qui essaie de raviver la flamme et une renommée éditoriale à sauver, et vous aurez tout du nouvel opus.
« Et que tu le veuilles ou non, tu es associé à cette photo. On vit une époque qui ne s’encombre plus de vérité, où les rumeurs courent plus vite que les preuves. » (p.57)
Rien de neuf donc, vous en avez maintenant la preuve. Fabrice Caro propose, de roman en roman, une galerie de portraits d’anti-héros sympathiques, maladroits et profondément attachant bien qu’en manque affectif évident. Doit-on se lasser de cet éternel recommencement ? On le pourrait, de toute évidence. Et pourtant, l’humour inimitable de Caro fait amende honorable d’un pitch maintenant sans grande surprise.
Un agréable voyage en presque-absurdie.
Alaska, Fabrice CARO, éditions GALLIMARD, 2026, 232 pages, 20.50€.
