A dévorer !

« La faute de goût », Caroline Lunoir : à l’étiquette

Mathilde revient, le temps d’une semaine de vacances aux alentours du 15 août, au château familial que sa grand-mère et ses quatre grands-tantes possèdent en indivision. Fief ancestral depuis l’arrière-grand-père Félix, dit le Général, les générations s’y succèdent, s’étoffent et se retrouvent le temps de mariages, de funérailles et de vacances. On y cultive la bienséance qui sied aux gens bien nés, et l’élégance y est toute naturelle, car innée et évidente.

« Dans notre tribu, hors la ce bienveillante des grands-tantes, avec leurs maris et sa hiérarchie propre, chacune ici redevient fille de, identifiée par sa classe d’âge, tante, nièce ou cousine. Les prénoms n’ont vraiment d’importance qu’à niveau égal. […] Du plus loin que je me souvienne, je les ai toujours évités soigneusement. Enfin, autant que l’on puisse échapper à des colocataires dotés d’une inextinguible autorité morale. […] Chacun ici est sujet d’analyse. » (p.13)

Ainsi, lorsque Paul, le grand-père de Mathilde, propose généreusement à Rosita, l’employée du domaine, de profiter de la piscine récemment construite dans le domaine, ses belles-sœurs s’insurgent : on ne saurait mélanger les torchons et les serviettes. Mathilde, qui voue une sincère affection à la brave femme depuis son enfance, perçoit toute la cruauté de ce mépris social.

Et la jeune avocate de s’interroger : ces racines familiales que la tradition cultive à travers la pierre usée par les années sont-elles sincères et véritables ? Chacun ne joue-t-il pas le masque de la comédie sociale pour « entrer dans le rang » et coller à l’étiquette avec laquelle leur naissance dorée les muselle littéralement ?

« Je suis née d’eux, déclarée libre, pas vraiment égale, pétrie de droits et de devoirs implicites. » (p.63)

Entre affection profonde et mondanité de principe, la protagoniste livre, le temps de quelques jours de détente, un regard à la fois attendri sur la transmission familiale et critique quant au déterminisme social, source de mépris évident chez les nantis. Derrière le voile suranné d’une bourgeoisie à l’ancienne, elle donne à voir un vernis fissuré et qui peut menacer de s’écailler : les apparences ne tiennent-elles qu’à un fil ?

« En dehors de ces quelques gouttes de sang que nous partageons et de cette maison, érigées en symboles et transmises à chacun comme partie de notre identité, rien ne nous réunirait. Éternel mais irrésistible constat. La logique de lignée a ses limites. » (p.28)


La faute de goût, Caroline LUNOIR, éditions ACTES SUD, 2011, 113 pages, 16€.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s