A dévorer !

« Dites-moi des choses tendres », Cécile Hennerolles : prismes amoureux d’une famille

Dans cette famille parisienne, je demande les grands-parents : cinquante de mariage au compteur, fous amoureux l’un de l’autre encore et témoignant de jolies attentions au quotidien. Mais quand la malade s’invite, l’équilibre ancestral vacille.

Dites-moi des choses tendres

« C’était un mystère insondable que cet amour-là. Un secret qu’ils avaient bien raison de vouloir fêter.

C’était beau, mais tellement injuste, de les voir s’aimer autant ces deux-là. » (p.21)

Je demande ensuite les parents : vingt ans de mariage, trois enfants et un Scénic. Le cliché le plus banal de la famille française lambda. Mais quand les frissons de l’amour ne sont plus, que la fougue de la jeunesse n’est plus qu’un lointain souvenir, à quelle alternative recourir ? La solution ne peut-elle être que fantasme pour ne pas mettre le couple en péril ?

 » A force, elle était même devenue jalouse de ce qu’ils avaient été, tous les deux, au début. Jalouse de ce qu’ils auraient pu être, s’ils n’avaient pas cédé à l’sure. C’est comme ça, quand il n’y a plus rien. On en vient à envier ses propres souvenirs. » (p.29)

Je demande la tante, tatouée et bien élevée mais malheureuse en amour. Sa dernière conquête l’appelle sa Princesse mais tout est sujet à commentaire pour mieux lui plaire : quand les mots déplaisants deviennent maux cinglants, peut-elle lutter ?

Parmi les enfants, je demande la fille aînée, honteusement plaquée à vingt ans par son petit ami qui ne supporte plus le train-train insipide de leur vie. Mais quand ce nouvel ami rencontré à la laverie lui met en place une stratégie de reconquête pour lui-même oublier les affres de sa vie sentimentale, pas sûr que le résultat soit cela finalement espéré.

Enfin, je demande le petit qui, à neuf ans, a une vie sentimentale bien plus riche que son grand frère, « La Sauterelle ». Il faut dire que la belle Odessa a accepté d’être son amoureuse. Mais quand les circonstances l’amènent à faire preuve d’indélicatesse, peut-il espérer se remettre de ce premier et inaugural désastre amoureux ?

Dites-moi des choses tendres est, vous l’aurez compris, un roman choral familial sur les variations de l’amour : autant de personnages, autant de manières d’aimer, de désaimer, d’aimer encore. L’amour est kaléidoscopique mais jamais vraiment le même à chaque fois. C’est dire la complexité de ce sentiment universel, le roman touchant lui-même à l’universalité par les différents prismes qui composent ce ressenti complexe que chacun cherche, malgré tout. Ou surtout.

« Il faudrait qu’elle sache qu’un amour pareil, ça vous prend le cœur sans vous le rendre. Que ça vous fait sourire, que ça vous fait pleurer, hurler de rire, trembler et gueuler. Que ça ne vous laisse pas indemne, jamais. » (p.245)

Aimer encore, aimer quand même, aimer autrement, aimer différemment… Ce charmant récit est une apologie de la capacité d’aimer malgré tout. Les intermittences du cœur sont inévitables, mais jamais l’amour ne meurt.

« Il se demanda s’il réussirait un jour à s’y habituer, à ce système de vases communicants qui n’arrivent plus à communiquer. A cette alternance de trop-plein et de trop-vide. A ce truc complètement bancal qu’ils tenteraient de remettre d’aplomb, tant bien que mal et chacun de leur côté » (p.189)

Tendre, cruel, touchant, rafraichissant, factuel, nécessaire.


Dites-moi des choses tendres, Cécile HENNEROLLES, éditions Eyrolles, 2019, 247 pages, 16€.

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