A croquer

« Des garçons qui tremblent », Stéphane Hoffmann : Nantes, théâtre romanesque codifié entre joutes sociales et amoureuses

Vous rappelez-vous du roman Des filles qui dansent, récit lu avec un enthousiasme débordant et chroniqué il y a peu de temps encore ? Je vous propose cette fois-ci la seconde partie de ce diptyque narratif avec Des garçons qui tremblent. Manquera cependant à ma chronique le même enthousiasme que précédemment.

On retrouve Camille et Jérôme, protagonistes principaux, cette fois-ci à Nantes, la ville étant peut-être le personnage clé, par sa topographie soigneusement détaillée (sans doute le plaisir d’y déambuler de l’écrivain, perceptible). Ses parents ayant décidé de chercher fortune aux Antilles, Camille est prise en charge par ses grands-parents, Edmond et Jacqueline Chalaffre. Ces derniers ont quitté La Baule et leur règne jusque là établi pour s’installer à Nantes. Leurs espoirs sont grands de se frayer un chemin au travers la bourgeoisie nantaise. Mais la quête de l’adoubement par cette société de choix s’annonce longue et terriblement codifiée. Or, honte et malheur à quiconque ne maîtriserait pas les us et coutumes de l’entre-soi argenté…

« Cette idée de milieu, je trouve ça… moyen. Mais les gens aiment avoir l’impression qu’ils ne sont pas seuls, qu’ils font partie d’une bande qu’ils croient supérieure aux autres. Ils l’appellent cercle, club, académie, ça les réchauffe et ça les flatte. » (p.133)

A 17 ans, la jeune Camille aspire plus que jamais à vivre de son absolu. Contre toute attente, c’est en envisageant le mariage avec un trentenaire aux dents longues, archétype de la péroraison et du narcissisme, qu’elle pense s’affranchir des liens qui l’entravent.

« Elle m’explique alors que, pour elle, l’amour n’est pas un jeu, c’est un dévouement. Plus qu’un dévouement, une dévotion. » (p.49)

« Tu comprends, mon petit Jérôme, en province, on fait carrière si on a une belle voiture, de belles chaussures et une belle femme, le tout pas trop voyant. J’ai la voiture, j’ai les chaussures, reste à trouver la femme : j’ai trente ans, tout de même, je ne veux pas tourner au vieux garçon. Il est temps de remettre à l’endroit un monde qui marche sur la tête. » (p.91)

Cette fois-ci davantage spectateur qu’acteur, Jérôme se fait le garde-fou silencieux de sa petite tête folle.

Mais, au final, on ne peut pas dire qu’il se passe grand chose dans le récit, sinon – et c’est littérairement remarquable – la multiplication des parcours initiatiques des différents personnages, jeunes et vieux, riches et modestes, pour lutter contre les entraves que représentent les codes des milieux sociaux où ils se trouvent ou bien auxquels ils aspirent. Et cette problématique, essentielle dans le roman, d’émerger : de l’immobilisme ou de l’agitation, quel est le plus sûr moyen pour devenir ce que l’on souhaite être ? Et, de fait, cette duelle question d’être posée : faut-il obéir à ce que la société attend que l’on soit, ou assumer d’être ce que l’on veut être soi-même ?

« le bonheur n’est pas d’arriver, mais de marcher, et que les places les plus jolies sont celles qu’on n’occupe pas. » (p.122-123)

Vous l’aurez compris, le récit de Stéphane Hoffmann propose une réflexion étendue (à l’Histoire, notamment celle de Nantes, à la sociologie, à la religion…), fruit d’une érudition impressionnante. Le propos du roman reste celui du diptyque (la possibilité de l’interpénétration sociale, ses tenants et ses aboutissants, qu’ils soient heureux ou malheureux), la plume demeure incisive mais seul mon plaisir de lectrice a été moindre.

« A Nantes, il ne faut pas réussir, il faut avoir réussi. A Nantes, on aime les gens qui montent, à condition qu’ils ne montent pas ; on aime les gens pleins d’avenir, mais on les déteste quand cet avenir devient du présent. » (p.180)


Des garçons qui tremblent, Stéphane HOFFMANN, éditions Albin Michel (version Livre de Poche), 2008, 198 pages, 8.20€.

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